L'histoire :
Gers, début du XXe siècle. Ce jour-là, le jeune Robert le diable, correspondant pour la revue des curiosités, vient faire le portrait photographique de monsieur Shrödingher, un ancien bagnard devenu centenaire, vivant dans un très vieux manoir, aujourd’hui tenu par ses héritiers, les frères Bolders. En chemin, il est déposé à l’orée du bois tordu qui borde la maison, par un aimable charretier amenant un cercueil vide au calvaire proche. Il ne souhaite pas aller plus loin. Il est rejoint par John Smith, un grand gaillard moustachu à l’air de cowboy, qui vient revendiquer l’héritage d’une commode Louis XV. Ce dernier lui apprend la mort récente du propriétaire. Tous deux vont faire connaissance avec la maisonnée, à laquelle s’ajoute la Mésange, belle demoiselle blonde aux yeux vairons et aux pouvoirs étranges. Elle est la fille de Shrödinger apparemment, parle allemand et elle est flanquée d’un plus jeune garçon muet. Alors que tous sont réunis devant la « dépouille de l’immortel », le flash de l’appareil photo réveille le cadavre et des évènements occultes vont s’enchaîner...
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Michel Jans, son premier éditeur, écrivait en 2005 à propos d'Isaac Wens : « C'est dans les années 80 que j'ai rencontré Wens pour la première fois. Il parlait déjà aux tortues et vouait un culte exacerbé et légèrement suspect à l'œuvre d'Anatole France. Dans ces années là, il faillit être publié par un grand nombre d'éditeurs, mais le sort s'acharnait sur lui et sur son œuvre ». Si l’auteur, vivant depuis 1998 dans le Gers, a connu depuis, effectivement, des publications intéressantes aux éditions Glénat et Futuropolis, comptant de belles collaborations, on ne peut pas vraiment dire qu'il ait connu un succès populaire. Son œuvre s'inscrit pourtant dans une tradition de récits fantastiques plébiscités par ailleurs, tels que vus dans des séries comme La fille du professeur (Sfar/Guibert), le Marquis d'Anaon (Mathieu Bonhomme), ou encore Adam Sarlech (Frederic Bezian). En fait, le meilleur du fantastique en termes de scénario se révèle dans cette série mettant en scène le jeune Robert le diable, créé en solo aux éditions Mosquito en 2000, mais dont les ambiances XIXe se sont retrouvées depuis dans les autres débuts de séries réalisées avec Michel Oleffe ou Rodolphe (2003, 2005, 2007). Tout le roman fantastique du XIXe est convoqué ici, avec un hommage appuyé à Bram Stocker, mais aussi à Sheridan Le Fanu, voire Alexandre Dumas, on le verra. On est aussi frappé par la qualité graphique de ce bel ouvrage cartonné, à l'encrage souple et la colorisation sensible, pouvant évoquer un mix improbable entre les plus reconnus Mathieu Bonhomme, Frederic Bezian, ou Johann Sfar (période le Borgne Gaucher, pour l’apparition spectrale du conte de Batz). La fille du bois tordu, faisant référence à cette mystérieuse et charismatique demoiselle, irradiant ce tome au côté du jeune Robert, est un très bon album, maîtrisé de bout en bout, dont le suspens intenable de cette fin de volume n'est qu'un des nombreux atouts. Un coup de cœur, en espérant la suite le plus rapidement possible !
