L'histoire :
Kooky, qui s’est elle-même renommée Eugénie, est la seule petite humaine dotée du don de parole, dans un monde dominé par une civilisation d’animaux, dans lequel les humains sont élevés et exploités pour leur viande (entre autres). Lorsque ce don s‘est révélé, sur une scène d’une soirée caritative organisée par le lapin milliardaire philanthrope Bonnie, cette intelligence humaine a fait l’effet d’une bombe. Les réseaux sociaux se sont enflammés et le gourou Madrak en a fait une cible à abattre. Avec l’aide du chien garde-du-corps Doug Bark et de la chouette ethnolinguiste Charlotte, Bonnie a exfiltré Eugénie. Ils tentent à présent de rejoindre le laboratoire du docteur Alexine l’alligator, afin qu’il puisse étudier ce phénomène quasi impossible. Car non seulement Eugénie a développé un don pour parler, mais son quotien intellectuel est semblable à celui des amenimaux et apprend à parler de mieux en mieux. Cependant, tandis qu’ils sont stoppés sur la route par une manifestation anti OGM, Charlotte montre des signes de faiblesse. Serait-elle en train de tomber malade ? Est-elle victime de la mystérieuse épidémie qui gagne les amenimaux ?
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Pour rappel, ce thriller animaliste inverse le paradigme aujourd’hui établi par l’anthropocène : ici les animaux sont intelligents et les humains, aux intellects moins développés, sont exploités pour leur viande ou comme esclaves pour satisfaire les besoins des « amenimaux ». Ce second tome conclut un premier cycle introductif… car la dernière page appelle clairement à une suite. Le trio de héros – un lapin, un chien et une chouette – tente de protéger et conduire jusqu’à l’étude scientifique de son cas révolutionnaire, une fillette incroyablement aussi intelligente et parlante que les amenimaux. Ils sont alors poursuivis sans relâche par les sbires d’une autorité religieuse obscurantiste, madrak – un bouc, évidemment, pour être bien diabolisé. Cette course-poursuite parfaitement haletante n’est donc pas exempt de carricatures, pas plus que de raccourcis narratifs. Elle offre cependant son lot d’action et de tension. Le scénariste Yann Brouillette propose aussi des pistes de réflexions sur pas mal de sujets écologiques. Ici, on évoque la mauvaise presse des OGM, qui permettent pourtant d’éviter bien des pollutions ; là, il est question de la souffrance animale dans les abattoirs ou les laboratoires. Ce second opus aborde aussi le cœur du sujet : la maladie du prion, que les amenimaux attrapent en mangeant de la viande humaine ! Cela évoque directement la vache folle et le syndrome de Creutzfeldt-Jakob. Sans atteindre l’excellence d’un Guarnido (Blacksad) ou d’un Redec (Le royaume sans nom) dans le zoomorphisme, il faut avouer que le dessin de Paolo Loreto est plutôt convaincant pour mettre en scène cet univers dérangeant.