L'histoire :
Jamestown, 1607. C’est le premier établissement anglais permanent en Amérique du Nord. Le point de départ d’une ambition sans limite et d’un système fondé sur l’exploitation des ressources naturelles et humaines qui vont façonner le pays à jamais. Au printemps 1609, une poignée d’Anglais, envoyés par la Virginia Company, une société marchande, débarquent en Virginie, sur les rives de la James River. Après plusieurs tentatives d’implantation qui n’ont jamais abouti, cette fois-ci, ils sont bien décidés à rester. Ils rêvent d’or et de richesse, et de concurrencer l’empire espagnol, déjà solidement implanté en Amérique du Sud, centrale, en Floride et au Nouveau-Mexique. Mais ils trouvent un territoire déjà habité. De plus, les nouveaux colons ne sont pas préparés à la rudesse du Nouveau Monde, ni aux tensions sporadiques avec les Powhatans. L’hivers 1609/1610 s’abat sur eux avec une brutalité implacable, les condamnant à la famine, aux maladies et au désespoir. Les survivants, affaiblis et accablés, recourent au cannibalisme pour tenter de survivre. Ce sera sur Starving Time. Jusqu’à ce que tout bascule. Après le départ du gouverneur John Smith, blessé par une explosion accidentelle de poudre à canon, Jamestown change de visage. Un nouveau gouverneur est nommé et il est accompagné de renforts militaires. Les tensions avec les autochtones commencent à s’installer puis les Anglais s’accaparent peu à peu les terres, pillent et violent...
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
À l’heure où personne ne comprend plus les prises de décisions erratiques de Donald Trump et en vue de 250e anniversaire des États-Unis, Romuald Sciora et Bastien Bertine proposent une ambitieuse fresque graphique qui entend revisiter l’histoire des États-Unis à l’aune de leurs fractures originelles. Loin d’un simple récit chronologique, America 250 adopte une approche analytique pour interroger les mythes fondateurs de la nation américaine. De la conquête coloniale à la guerre de Sécession, en passant par l’expansion vers l’Ouest, l’album met en lumière une constante : la violence comme matrice historique. Les auteurs insistent sur les contradictions d’un pays bâti sur des idéaux de liberté, mais traversé par l’oppression, les inégalités et les conflits. Cette tension irrigue tout le récit et sert de fil conducteur à une lecture critique du passé. Avec un propos assumé, engagé qui pourra sans doute susciter la discussion, notamment par son regard sans concession sur le « rêve américain », la BD séduit par son ambition et sa cohérence. Graphiquement, Bastien Bertine propose un style clair et efficace au service de la compréhension. Ainsi, le dessin privilégie la lisibilité pour correspondre à la vocation pédagogique de Romuald Sciora. Qui plus est, la mise en scène souvent dynamique évite l’écueil de la leçon d’histoire figée. En définitive, ce premier tome éclaire le présent en replongeant dans les zones d’ombre du passé américain.