L'histoire :
Américaine, Mabel arrive tout juste en France après son mariage avec Mr Berg. Sur le bateau qui la fait voyager vers ce nouveau pays, elle est accostée par Henri, le neveu de son mari. Il lui propose du feu pour sa cigarette et la complimente. Décidément, il n'y a rien à retoucher chez elle. Le mari de Mabel arrive, son neveu s'éloigne. Les jeunes mariés échangent quelques mots. Henri ne doit pas savoir que leur mariage est un partenariat et non un coup de foudre, il en serait horrifié ! Mais Mabel rassure son mari. Elle ne connaît aucun mariage d'un autre genre. Simplement, eux connaissaient leurs secrets avant de se marier, contrairement aux autres qui les découvrent bien des années après leur mariage. Pendant ce temps, Suzanne ramasse des fruits dans le verger avec sa fille Rose. Celle-ci semble distraite. Rose affirme simplement qu'elle est heureuse, elle vient de trouver un travail. Elle va s'occuper du neveu de Mme Berg. Elle va pouvoir empocher jusqu'à 600 francs par mois ! Sa mère n'est pas emballée... Ici, elle est sa propre patronne, elle est libre. Pourquoi veut-elle se mettre au service des gens, elle ne sera qu'une domestique de rien... Cette même année, durant l'été 1936, la France découvre les premiers congés payés, et tout le monde ne prendra pas la nouvelle de la même manière.
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Avec Vaillantes, Emilie Chazerand, déjà autrice de plusieurs romans jeunesse, publie sa première bande dessinée. Elle est accompagnée par Cécile Becq au dessin (Trois chardons, Ama, le souffle des femmes). Le présent récit est prenant, empreint d'une grande douceur malgré la violence de ce qui se passe dans la société à cette époque. On suit ici deux femmes en particulier, Mabel et Suzanne. Tout semble les opposer : l'une est américaine et s'est installée en France suite à son mariage. Elle est bourgeoise, mais en décalage avec les codes sociaux de ce nouveau pays. L'autre est paysanne, elle a fortement été impactée par la guerre, notamment dans ses relations amoureuses, et elle rêve de liberté. Pourtant, elles vont se rencontrer et découvrir qu'elles sont liées. Elles vont devenir proches et amies, et... bousculer les normes établies. Elles redeviendront maîtresses de leur destin en tant que femmes. La ligne claire souple, délicat et moderne de Cécile Becq nous immerge vite dans les années 1930. La colorisation nous fait sentir la chaleur de l'été et apporte de la lumière au récit. Côté scénario, on découvre l'époque, à laquelle les Français ont pu bénéficier des congés payés, permettant aux classes modestes de profiter des joies des vacances, jusqu'aux classes plus aisées qui doivent partager leurs privilèges, ainsi que l'intimité des deux protagonistes. Cette BD subtile et bien menée met en avant la sororité dans sa forme la plus concrète, le destin de femmes aspirant à une vie libre et choisie.