L'histoire :
Quelque part dans une France encore secouée par les remous de Mai 68... Le chanteur Georges Moustaki a hébergé pour la nuit Michel Colucci. Le pays est paralysé : pénuries, coupures d’électricité, factures impayées, climat social tendu. Colucci traverse une période de grande précarité. Sans argent, sans électricité chez lui, il tente de s’en sortir comme il peut. Un jour, après avoir vu une annonce de serveurs sur une colonne Morris, il décide de répondre, pensant que servir des verres est un travail accessible et immédiat. Il se présente au Café de la Méthode, place de la Méthode, et tombe sur Josie, qu’il connaît de loin pour avoir fréquenté le même milieu artistique. Elle lui donne rendez-vous pour le service du soir. Dans l’après-midi, Colucci que l'on surnomme Coluche, se rend fissa sur place pour passer son entretien. Josie l'accueille non sans humour, en lui demandant s'il est venu pour le boulot ou pour boire un canon ? Mais, ce n'est pas elle qui s'occupe de l'embauche. Il faudra en causer deux mots avec la patronne... Il rencontre Thérèse, la tenancière, qui lui propose de faire un essai. Ici, on sert vite et bien : on n'est pas là pour faire marrer le client. Romain Bouteille assiste à l'entretien. Ce soir, c'est lui qui fait marrer le client. Mais si d'aventure, il rate son coup, il y aura peut être une place qui se libérera... Sait-on jamais !
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Avec Le Café de la Gare, c’est tout un pan de l’histoire culturelle française qui se rejoue sous nos yeux. Le récit s’inscrit dans un contexte charnière : la fin des années 1960, marquée par Mai 68, les barricades, la contestation étudiante et une remise en cause profonde des institutions, y compris culturelles. À l’époque, le théâtre reste largement dominé par des formes classiques, institutionnelles, avec peu d’espaces dédiés à l’expérimentation et à l’humour populaire. Fondé en 1969 par Romain Bouteille, Coluche, Patrick Dewaere, Miou-Miou, Sotha ou encore Henri Guybet, le Café de la Gare s’impose comme un véritable laboratoire artistique. Théâtre libre, irrévérencieux, sans hiérarchie établie, où il est interdit d'interdire. Il bouleverse les codes en donnant naissance à une forme de scène plus directe, plus contemporaine, annonçant déjà le stand-up moderne. Cette dynamique ouvrira la voie à d’autres lieux et mouvements majeurs, du Splendid au Théâtre de Trévise, jusqu’au Jamel Comedy Club des décennies plus tard. Café de la Gare parvient à restituer cet instant de bascule, ce moment où le théâtre change de visage. Le scénario de Paul Vermersch est solide sur le fond et riche d’enseignements, même s’il se révèle parfois un peu trop explicatif. Les dialogues, signés Thibault Vermot, servent efficacement le propos mais auraient gagné à être plus incisifs. Côté dessin, le trait d’Inès Pollosson adopte une approche très illustrative. S’il est lisible et rigoureux, il peut paraître parfois figé, là où le sujet appelait sans doute davantage de mouvement et d’énergie, en phase avec l’effervescence créative de l’époque. Malgré ces réserves, l’album reste une lecture précieuse, instructive et salutaire, rappelant combien la liberté artistique est souvent née de l’audace et du désordre.