L'histoire :
Les équipes de secours et la police arrivent sur les lieux du drame, en pleine forêt. Il y a eu un accident de voiture. Charles Brooks, un vieux banquier, y a perdu la vie. Son robot majordome était au volant. Plusieurs jours après, se déroulent les obsèques. La fille du défunt, Magda, se rend sur place pour assister à l'enterrement. Cela faisait plus de dix ans qu'elle n'avait pas revu son père, même s'ils continuaient d'échanger très ponctuellement, à de rares occasions, par téléphone. C'est un moment très étrange pour Magda, revenir sur ces lieux, bien longtemps après... Elle prend sa voiture et se rend dans la demeure de son père. Elle parcourt les différentes pièces de la maison, passe sa main sur des vieux souvenirs... Tout y est noir et silencieux. Dans une pièce, elle aperçoit une grande masse sous une housse. Elle la soulève et découvre l'androïde majordome de son père. Une lumière orange clignote sur le haut de son crâne. Un grand bruit de voiture la sort de ses pensées et quelqu'un sonne à la porte. Elle ouvre et découvre Lars Olsen, un expert en cybernétique : ils ont été mis en contact suite à l'accident. La Crown Bank envisage de poursuivre en justice la Randall Company qui a créé le robot : dans ce cadre, le juge a demandé une expertise des données internes de l'androïde enregistrées au cours de l'accident.
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Ce one-shot maîtrisé de Cyril Bonin prend la forme d'une dystopie, dans un monde rétro-futuriste, dans lequel hommes et robots se côtoient au quotidien. Tout bascule suite à un accident de personne qui impliquerait un androïde majordome. Se pourrait-il qu'il ait volontairement provoqué l'accident ? Ou qu'il se soit dérobé à son programme ? Ou ne serait-ce qu'un simple bug ? Serait-il possible qu'il ait repris le contrôle sur son programme et développé une sorte de conscience ? Ou n'agirait-il que par mimétisme ? Ces interrogations font écho à notre propre monde contemporain et à des questions d'actualité, notamment par rapport aux intelligences artificielles. Bonin nous transporte et propose un conte philosophique moderne. A l'origine, le personnage central de Magda, fille du défunt, est plutôt hostile aux nouvelles technologies. Mais progressivement, sa pensée évolue et le procès nous permet aussi de faire avancer notre propre perception des choses, grâce à une confrontation des points de vue. La temporalité du récit est régie par l'affaire judiciaire. Graphiquement, l'auteur utilise sa patte graphique aisément reconnaissable, notamment dans son chara-design. Magda nous fait clairement penser à d'autres héroïnes des autres albums de Cyril Bonin. Les choix de colorisation, mais aussi de design, d'architecture ou de véhicules, ne nous plongent pas dans un monde futuriste très différent du nôtre. Au contraire, il utilise nos points de repères, pour insérer de la science-fiction réaliste. Une très bonne lecture.