L'histoire :
D’origine péruvienne, Daniel est aujourd’hui gay, parisien, insomniaque et agressif avec son compagnon. Comprenant que Daniel trimballe un mal-être pénible pour son entourage, son compagnon lui tend la carte de visite d’un psy. Daniel s’y rend à reculons. Evidemment, le psy fait tout d’abord parler Daniel sur son enfance. Donc Daniel raconte… Alors qu’il a 10 ans, Daniel vit à Lima au Pérou. Sa mère tient une pension de famille de 5 locataires. Un boulot à la fois tendu et économiquement peu rentable. Mais la pension La Paz accueille des gens attachants, diversifiés. Sa mère (bien éduquée) insiste pour que les conversations à table soient de haute tenue. Daniel n’a jamais connu son père… et il est souvent livré à lui-même, seul, à s’ennuyer. Parfois, c’est même lui qui fait la cuisine pour le repas du soir, lorsque sa mère manque à ses obligations. Un jour, le locataire Armando, ancien capitaine de marine alcoolique, offre un poussin à Daniel. Daniel l’appelle Brigitte, comme Brigitte Bardot. Daniel adore aussi aller chez sa Mamamila (sa grand-mère), notamment parce que son aide-ménagère, une vieille fille prénommée Santos, est adorable. Un autre jour, un pélican vient à se poser dans la cour de la pension. Daniel demande à Armando de l’aider à libérer le pélican, qui n’a pas l’espace suffisant pour prendre son envol…
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Ce one-shot publié par les éditions Sarbacane nous projette dans un contexte peu habituel : un foyer dysfonctionnel péruvien de la fin des années 1990. Etant donnés les sujets de l’emprise et de l’inceste, on pourrait croire cette chronique sociale autobiographique. Ce qui n’est pas le cas, étant donné que les scénaristes Antonia Bañados et Sophie Révil sont des femmes, comme l’indiquent leurs prénoms. Il n’empêche que leur récit intime et avancé ici sans fausse pudeur, se révèle très crédible et bouleversant. Sur plus de 180 pages à la narration aérée, elles racontent l’enfance de Daniel au Pérou, à la première personne, au cours d’un long flashback sollicité par un psychothérapeute. Innocent, ingénu, orphelin de père, désœuvré, le personnage enfant de Daniel se retrouve ainsi très « ami » avec un grand cousin… qui profite de lui. Le trouble logique qui s’ensuit forgera le mal-être durable dans sa vie adulte. Ce récit est très touchant, très juste, jusque dans le parti-pris graphique du dessinateur péruvien Rudy Ortiz. Ortiz met en place un dessin stylisé dans une bichromie de parme et ocre, avec une lumière souvent rasante qui donne un aspect crépusculaire ou nostalgique à cette aigre chronique d’enfance.