L'histoire :
Vers la fin des années 1970, l’artiste marginal Marcel Bascoulard, habillé en femme, pose son appareil photo sur une palette et appuie sur le déclencheur automatique. Il se recoiffe rapidement et clic ! Encore un autoportrait posé. Il nourrit ses chats, puis charge la caisse arrière de son tricycle de diverses bricoles, dont une radio branchée sur RTL. Il quitte alors sa tanière en périphérie de Bourges, en poussant son tricycle à pied, comme un caddy, pour rejoindre le centre-ville. Il passe au travers de quartiers HLM en travaux : à cette époque, Bourges est en pleines mutations. Il se rend chez le photographe pour récupérer ses derniers clichés et déposer une nouvelle pellicule à développer. Il n’entre pas dans la boutique, prétextant qu’« il a une cathédrale à terminer »… mais les passants se plaignent de son odeur pestilentielle. Bascoulard ne s’est pas lavé depuis plus de 10 ans. Il passe ensuite chez le boucher pour récupérer de la viande pour ses chats. Il le paie souvent avec un de ses dessins abstraits, mais pas aujourd’hui : Bascoulard lui donne de l’argent, qui n’a aucune importance pour lui. Puis il part s’installer derrière la cathédrale pour terminer son dessin. Son fils Jean-Claude vient à passer et lui réclame 150 francs. Bascoulard lui demander de ne plus le contacter. Il lui promet néanmoins de déposer la somme chez la couturière.
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Une première BD avait déjà été dédiée à Monsieur Bascoulard en 2013 (par Bernard Capo). Aujourd’hui, Frantz Duchazeau dédie ce magnifique portrait en noir et blanc à cet artiste, poète et photographe atypique, figure emblématique de la ville de Bourges, mort assassiné étranglé par un marginal en 1978. Or marginal, Bascoulard l’était, et pas qu’un peu. Il se travestissait en femme mais ne revendiquait aucun intérêt pour les plaisirs charnels… pas plus que pour l’argent et les considérations matérielles. De fait, il vivait comme un clochard et s’épanchait sans animosité aucune d’une philosophie cynique proche de celle de Diogène. Il ne se lavait pas, puait donc terriblement, logeait dans une fourgonnette abandonnée en périphérie de la ville et mangeait sans couverts. Il ne vivait que par et pour son art, et consacrait le peu de revenus qu’il gagnait, en vendant (ou en offrant) ses œuvres – tantôt ultra réalistes, tantôt abstraites – à la nourriture pour ses chats. Il faut dire qu’il avait des circonstances atténuantes : en 1932, sa mère a tué son père d’une balle de révolver… puis fut internée, jugée irresponsable de ses actes. Au cours de sa vie, l’artiste-clochard a fourni une grande quantité de dessins à l’encre de Chine et aux pastels, notamment de la cathédrale de Bourges, mais aussi des rues, de la campagne environnante, de locomotives à vapeur… Tout cela est factuellement et longuement (160 pages) retracé par Duchazeau, dans un registre graphique qui se raccorde au style réaliste de Bascoulard, dont bon nombre d’œuvres emblématiques ponctuent l’album.