L'histoire :
A Paris, à l'automne 1968, Delphine Seyrig assiste à la projection du film Baisers volés de François Truffaut, dans lequel elle joue. En regardant ce film sur grand écran, une phrase lui saute aux yeux, prononcée par un personnage masculin à l'encontre du personnage qu'elle incarne, qui indique : « Ce n'est pas une femme... c'est une apparition ». Elle sort de la projection, se dirige vers les toilettes, et prend le temps d'observer son visage dans la glace. Elle a l'impression d'être devenue une image plus qu'une personne. Elle souhaite changer cela. Que veut dire cette phrase ? Les femmes dans le cinéma ne sont-elles toujours que les faire-valoir des hommes ? Elles n'ont jamais d'existence en dehors d'eux. Elle voudrait jouer des rôles de femmes avec plus d'épaisseur, pas uniquement des « apparitions ». Ce même soir, lors du buffet organisé dans la foulée, Delphine rejoint sa mère, avec qui elle entretient une relation distante et qu'elle n'a pas vu depuis longtemps, et son fils, qu'elle aime, mais qu'elle fait passer après sa carrière. Après cette folle soirée, Delphine regagne son domicile et partage sa nuit avec un homme. Ils discutent. Delphine pense que son fils se doute de leur relation amoureuse. Elle lui parle aussi de sa mère, de son étrange proximité depuis toujours, avec une amie nommée Ella Maillart. Delphine s'aperçoit qu'elle ne connaît pas vraiment le passé de sa mère, très discrète à ce sujet. Elle ne la connaît pas vraiment tout court, d'ailleurs. Cela a toujours été ainsi, depuis que Delphine est enfant.
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Nina Almberg, réalisatrice de documentaires sonores pour Arte Radio ou France Culture est également l'autrice de Pour Suzanne et des Quatre vies de Mario Marret. Sur ce projet, elle est accompagnée par Arianna Melone, autrice italienne, qui a notamment réalisé Gianna et Le bal des folles. Avec ce nouvel ouvrage, à portée biographique, elles s'intéressent à un moment de la vie de l'actrice Delphine Seyrig, tout en mettant en parallèle l'histoire de sa mère, Hermine de Saussure. On découvre Delphine à l'apogée de sa carrière. Mais cela va être un point de bascule pour elle. Elle va se rendre compte de toutes les choses qui lui posent problème dans le cinéma traditionnel dirigé par les hommes, et va affirmer ses idées féministes de plus en plus intensément. Elle veut faire bouger les lignes. Delphine a toujours eu une relation distante avec sa mère ; et le lecteur découvre le passé de cette femme, qu'elle a caché à sa fille. Si les deux femmes ne se comprennent pas vraiment, elles ont pourtant beaucoup de points communs et aspirent à un monde plus égalitaire, dans lequel elles pourront s'affirmer en tant que femme. Delphine recherche cela dans son domaine professionnel et artistique, tandis que sa mère a toujours voulu obtenir son indépendance et poursuivre ses rêves. Sans trop nous prendre par la main, les autrices mettent en avant ces parcours parallèles de femmes et leur prise de conscience, tout en nous invitant à pousser plus loin ces réflexions. Le dessin est dans des teintes pastel, douces, avec une grande dilution, qui nous fait penser aux vieilles photos, aux souvenirs du passé. Ce roman graphique bien mené ouvre la porte à un engagement féministe couvrant différents domaines, comme le monde des arts, du sport, la maternité et la sororité.