L'histoire :
La jeune Ginn Morris fait des rêves étranges, où revient systématiquement un homme qu’elle ne connaît pas. Quelque soit l’aspect improbable et dur de ses « escapades », celles-ci tournant parfois au cauchemar, il est là, intervenant de manière plus ou moins prégnante. Elle est interrogée par deux psychiatres, dans le bureau d’une institution qui se révèle être une sorte de centre de recherches plutôt secret, où elle est en fait volontaire pour une expérience, sous le numéro 8, tandis qu’une plus jeune fille porte le 6, et « l’homme en noir », le 7. Mais quelles sont les réelles motivations de ces « chercheurs » ?
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
La dernière fois qu'un si beau livre grand format noir et blanc nous a envoûté, celui-ci s'appelait Krimi et évoquait un serial killer dans le Berlin nazi des années 30. Pas de nuit de cristal ici, mais un homme inquiétant tout d’abord, silhouette s'insinuant dans les « rêves » de Ginn, et une expérience clinique expérimentale pas très jolie, jolie, dans une présentation hyper soignée, comme les éditions 404 Graphic nous y ont habitué. Noah Bailey et Michael Conrad se sont basés sur le fait divers véritable, datant de 2006, d'une agence marketing ayant proposé une campagne d'affichage montrant un visage, et demandant : « Avez-vous rêvé de cet homme ? » De faux rapports de psychiatres affirmant que de nombreux témoignages évoquaient positivement cette option. De ce point de départ, nos deux auteurs tirent un conte psychologique à la limite de l'horreur, mélangeant sans vergogne réalité et méandres de l’inconscient. Les grandes cases et le dessin charbonneux de Noah Bailey, sorte de fusain rehaussé d'un lavis gris tremblant, élèvent le récit vers une narration graphique exemplaire, forçant l'admiration. Quelques pages couleur dans les tons fushia, bleuté et vert pâle évoquent les rêves de 6, l'enfant en pyjama lapin rose, et redonnent une certaine dynamique et une respiration bienvenue à l'ensemble. Les couleurs reviendront, mais pour une mauvaise nouvelle, avant un épilogue à nouveau noir. C'est le rythme de ce conte à tiroir, un va et vient dans les landes du non-dit, des sensations refoulées, des angoisses enfouies, du voyeurisme et du contrôle mental, objets de cet essai sur la gestion des rêves, pas comme les autres. Ce conte pouvant à certains égards rappeler des scènes de Stranger Things lors des passages d’immersion en baignoire. On en ressort chamboulé, mais son éminence graphique et son aura de mystère nous obligent à y retourner. On en tremble d'avance.