L'histoire :
Hobtown, Nouvelle-Écosse, province de Canada. Sur le parking du Food Chopper, un homme en imperméable jaune salue le seul client qui embarque les restes de sa bouffe. Il lui demande qui il est. Le client, à l'allure soignée comme l'indique la fine moustache, son bouc bien taillé et sa coupe de cheveux impeccable, lui répond qu'il est juste un bon samaritain. Il démarre son break et s'enfonce dans la nuit qui tombe brutalement sur les routes désertes de la région. Il effectue quelques minutes de route lorsqu’il aperçoit une lueur à quelques centaines de mètres. Il lève le pied et s'aperçoit que la route est barrée. C'est une barricade en feu qui se dresse devant lui et il aperçoit la silhouette d'un homme en imper jaune, qui se découpe rapidement entre les flammes. Le conducteur ouvre le vide poche et s'empare d'un revolver. Un Smith et Wesson à canon court. Il engage une marche arrière mais quand il tourne la tête, il voit trois hommes en imper jaune à travers sa lunette arrière...
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Kris Bertin et Alex Forbes sont deux Canadiens, de la province de Nouvelle-Écosse. Deux amis d'enfance qui cosignent leur première BD. Le premier est écrivain et il a été primé et le second est illustrateur. La série compte 3 albums, les deux premiers ayant été publiés en noir et blanc chez Pow Wow. C'est donc Delcourt qui se positionne sur cette version colorisée par Jason Fischer-Kouhi et ce n'est pas un artifice, tant les tons doux qui rappellent la quadrichromie d'antan viennent amener la touche parfait à ce récit en forme d'hommage aux pulps, à la littérature jeunesse et aussi à un cinéma qui flirte parfois avec David Lynch. Un bled morne, un jeune rebelle qui vient ébranler l'éducation puritaine que reçoivent les quelques lycéens, des phénomènes flippants et étranges qui créent le mystère, des sociétés secrètes et des adultes qui semblent connaître un secret honteux dont ils protègent leurs enfants, voici quelques-uns des ingrédients qui apparaissent comme un hommage lointain à Twin Peaks. Il y a donc un peu de ça, sauf que c'est aussi tourné en dérision, ce qui donne un côté pince-sans-rire à l'humour que contient cet album. Il trouve son origine en 2010, quand les deux amis évoquent leur envie de raconter une histoire à base de folklore local, avec un contexte de réalité sociologique (la classe ouvrière) avec une pointe de fantastique et d'horreur. Quelque chose de résolument bizarre. Quelques 300 pages plus tard, c'est réussi, à tel point qu'on a toujours eu l'impression de connaître ces 5 lycéens qui mènent l'enquête. Vivement la suite !