L'histoire :
Le 5 mai 1916, sur le front de Vauquois, secteur Est de l’Argonne, les poilus français lancent une charge contre la tranchée adverse. Ils sont surpris de ne pas être arrosés de mitraille par les boches et de progresser sans la moindre résistance. Ils arrivent jusqu’à la ligne ennemie, découpent le barbelé et descendent dans la tranchée où il n’y a… personne. L’un d’eux est étonné de voir une marre de sang qui s’enfonce sous terre par un escalier. Il emprunte le souterrain et découvre, quelques mètres plus bas, un véritable charnier. Des monceaux de squelettes gisent là. Il repère alors un truc qui frétille et qui bouge. Il canarde à tout va, totalement épouvanté par ce qu’il croit avoir vu. Cinq jours plus tard, Gaspard Petit, physiologiste de profession, est convoqué dans le bureau du doyen du Museum d’Histoire Naturelle de Paris. Le vieux professeur lui intime la plus grande discrétion quant aux révélations qui vont lui être faites. On lui dévoile alors un caisson rempli de liquide physiologique, dans lequel flotte un macchabée retrouvé à Vauquois. Or, le cadavre a une longue protubérance tentaculaire à la place de la main gauche. Gaspard est à la fois terrifié et fasciné. Sa hiérarchie l’informe qu’il part aussitôt dans la Meuse pour enquêter sur ce phénomène…
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Jadis débutée chez feu les éditions Sandawe, la série Dessous, du français Bones (de son vrai nom Frédéric Bonnelais), a été bien perturbée par la faillite interlude de l’éditeur, après ses deux premiers tomes. Ouf, les éditions Komics Initiative sauvent cette série atypique de l’oubli, en éditant l’intégrale des 3 tomes initialement prévus. Et dans un beau recueil au dos toilé, un bel objet pour une histoire d’épouvante horrifique, steampunkienne, post-apo et guerrière, massivement inspirée de Lovecraft et de Jules Verne. Ceux et ceuzes qui découvrent cette histoire pour la première fois s’immergeront rapidement dans un univers sombre et poisseux, réalisée à la manière des comics et surtout dans un registre hommage à l’œuvre de Mike Mignola. Les traits anguleux, les clairs-obscurs radicaux, les macro-plans chocs, les cases géantes aux décors spectaculaires et soignés, l’ambiance définitivement flippante, souvent nimbée d’une bichromie de teintes glaçantes : tout évoque l’œuvre du maître américain, papa de Hellboy, Abe Sapiens, BPRD… Le ton est évidemment crépusculaire, sur un scénario imprévisible et parfois un peu hermétique, qui ne suit rien de connu et se développe vite, avec des scènes régulièrement saisissantes d’effroi. Alors certes, quand on ouvre la porte Lovecraft, on étend à l’infini le champ des possibles… Mais quand c’est bien fait, on aurait tort de bouder son plaisir. Il est juste étrange que les dialogues anglais ou allemands, parfois sur de longues séquences, ne soient jamais traduits… M’enfin, ça n’empêche pas de comprendre en gros ce qui se trame et de bien flipper sa race.