L'histoire :
Tariq Geiger traîne sa poisse verte à travers les contrées dévastées, toujours accompagné de Barney, son chien à deux têtes, ainsi que du chevalier renégat Nathan et de son zèbre à trois yeux. Cette improbable famille nucléaire finit par atteindre Lewistone, le territoire de l’autre « homme qui brille », lequel aurait trouvé un moyen d’éradiquer la malédiction condamnant Geiger à semer la mort sur son passage. Mais la réputation de Tariq le précède. Son parcours attire autant les espoirs que les convoitises — et surtout les menaces. Parmi elles, la famille royale autoproclamée et ses chevaliers techno-punk, anciens compagnons d’armes de Nathan, bien décidés à asseoir leur domination. Devenu une légende malgré lui, Geiger incarne un paradoxe : il fait naître l’espoir dans un monde à l’agonie, tout en demeurant le symbole possible de son anéantissement. Son pouvoir, qu’il ne maîtrise qu’imparfaitement, pourrait aussi bien sauver ce qu’il reste de l’humanité que précipiter sa fin. Comme si cela ne suffisait pas, une nouvelle menace croise la route du groupe : un robot militaire aux intentions floues, Junkyard Joe, ancien héros de la guerre du Vietnam. Sa réapparition ne laisse pas seulement planer un danger immédiat — elle ravive également l’intérêt de son créateur, prêt à tout pour reprendre le contrôle de son arme.
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
L’Unnamed Universe, créé par Geoff Johns et Gary Frank, prend véritablement forme. Les aventures jusque-là relativement indépendantes de Geiger, Junkyard Joe ou encore Redcoat commencent à converger dans ce troisième tome de Geiger, donnant enfin la sensation d’un univers cohérent en pleine expansion. De loin le personnage le plus fascinant (à ce stade) de cet univers partagé, Geiger gagne en épaisseur et en puissance à chaque volume. Son évolution est constante, maîtrisée, et l’arrivée de Junkyard Joe à ses côtés laisse présager une suite particulièrement explosive. Ce qui frappe depuis le début de la série, c’est ce mélange audacieux : un monde profondément nihiliste où la violence dicte sa loi, traité sur un ton très premier degré, mais traversé de nombreux moments mélancoliques, parfois même bouleversants. Toute la force du récit repose sur le conflit intérieur de son héros, tiraillé entre destruction et rédemption. L’univers évoque immédiatement Mad Max ou Ken le Survivant pour son décor post-apocalyptique et sa figure de guerrier solitaire. Mais on pense aussi aux premières grandes séries indépendantes des années 80, notamment Preacher de Garth Ennis, pour cette représentation d’un monde sauvage, brutal et sans foi ni loi. Là où Garth Ennis privilégiait le trash et l’ironie mordante, Johns opte pour un récit graphiquement sombre mais sincèrement habité par l’espoir — et ce refus du cynisme total a aujourd’hui quelque chose d’étonnamment audacieux. Et puisqu’on parle des années 80, il faut saluer le travail remarquable de Frank (accompagné par Paul Pelletier sur les premiers chapitres). Les planches marquent durablement la rétine : lorsque les irradiés s’affrontent, les scènes deviennent à la fois somptueuses et cauchemardesques, d’une rare intensité visuelle. Avec Geiger, Johns prouve finalement que c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures… ogives nucléaires !