parution 15 mars 2019  éditeur Kana  collection Made in
 Public ado / adulte  Thème Chronique sociale, Seinen

Errance

Après 10 ans à dessiner une série à succès, Fukazawa ne sait plus où il en est dans sa vie ni dans son travail. Veut-il vraiment continuer comme ça ? Remise en question d’Asano lui-même ou simple interpellation sur les affres du métier de créateur ?


Errance, manga chez Kana de Asano
  • Notre note Red Star Red Star Grey Star Grey Star

    CHEF D'ŒUVRE   Green Star Green Star Green Star Green Star

    TRÈS BON   Green Star Green Star Green Star Dark Star

    BON   Green Star Green Star Dark Star Dark Star

    BOF. MOYEN   Green Star Dark Star Dark Star Dark Star

    BIDE   Dark Star Dark Star Dark Star Dark Star

  • Scénario Red Star Red Star Grey Star Grey Star

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  • dessin Red Star Red Star Red Star Grey Star

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©Kana édition 2019

L'histoire :

Kaoru Fukazawa est mangaka. Après 10 ans de labeur, il vient de terminer sa série à succès. Malgré un fort engouement sur les réseaux sociaux, le tirage du dernier volume relié de sa série a été fortement diminué car les ventes ne suivent plus autant qu’avant. Fukazawa ne sait plus où il en est, il n’a pas d’inspiration pour la suite et ne sait même plus pourquoi il a choisi cette carrière au départ. Tout le monde le presse d’entamer un nouveau manga à succès, mais Fukuzawa n’est pas sûr d’avoir encore quelque chose à dire dans ses histoires. Avec sa femme, responsable éditoriale qui travaille avec d’autres auteurs, leur emploi du temps respectif ne leur permet pas de se voir beaucoup, et cela fait dix ans que leur relation ressemble surtout à une vague collocation. Fukazawa, frustré par son travail qui ne lui plait plus et le succès d’autres auteurs pour lui moins méritants, et tiraillé entre une réalité éditoriale qu’il n’aime pas mais qu’il sait très bien utiliser pour plaire au lectorat, navigue entre déprime et rancœur. Se laissant aller, il s’en prend également à sa femme qu’il accuse de lui faire ressentir un sentiment d’échec, et demande le divorce. Traînant à droite à gauche pour occuper son temps libre, Fukazawa finit par se laisser tenter par les hôtels de passe et trouve le réconfort dans le bras de très jeunes prostituées...

Ce qu'on en pense sur la planète BD :

Lorsque l’on découvre le protagoniste principal de cette histoire, mangaka entre deux séries, en manque d’inspiration, plein d’interrogations sur le sens de ce qu’il fait et de remise en question sur ses choix de vie, il est évident que l’on se pose immédiatement la question de savoir quelle part de pensées et d’expériences personnelles Inio Asano a injecté dans son scénario. Fukazawa est donc un auteur qui termine après 10 ans de labeur une série à succès mais sur le déclin. Loin de se réjouir de ce qu’il a accompli, Fukazawa fait plutôt le bilan de sa vie : il a quarante ans passés et n’a rien construit dans sa vie personnelle. Il pense être arrivé au bout du chemin avec sa femme qu’il ne voit pratiquement jamais et avoir raté le créneau de la trentaine pour ce qui est de construire une famille. Avec cette remise en question par lui-même ou ses proches, et les ventes de ses mangas diminuant, des interrogations émergent de toute part : a-t-il encore du talent, aura-t-il suffisamment d’inspiration pour continuer, qu’a-t-il encore à raconter, est-ce que cela vaut tous ces sacrifices personnels… ? Fukazawa semble dépressif, à la fois imbu de lui-même et de son statut d’auteur à succès, mais mécontent face à une réalité qu’il ne peut que constater : des auteurs et des mangas qu’il exècre se vendent bien, et sa propre production ne l’enchante pas. Tiraillé entre produire un nouveau manga qui cochera toutes les cases du succès en manipulant les lecteurs, en leur donnant ce qu’ils désirent (le manga est un divertissement formaté, à consommer et jeter rapidement, après tout), ou ne pas continuer à alimenter un système qui se mord la queue, Fukazawa ne trouve plus de réconfort que dans les bras de jeunes prostituées. L’une d’elles l’emmènera plus loin qu’il ne l’imaginait... Comme d’habitude, Inio Asano offre un récit assez sombre, malsain par moments. Son protagoniste principal est antipathique à souhait (amorphe, indécis, qui ne dit pas assez ce qu’il pense et rejette les causes de son mal-être sur les autres...) et pourtant on est curieux de voir jusqu’où cette dépression l’emmènera. Et c’est peut-être là que le récit rate un peu le coche, car si on se laisse nous aussi fasciner par cette jeune prostituée qui devient le centre d’intérêt du héros et du récit, la mauvaise passe qu’il traverse ne va finalement pas si loin que cela et n’a pas tellement de conséquences. Il est par contre intéressant de voir le changement de mentalité du héros sur la dernière partie, et un événement qui le prendra par surprise après cela (difficile d’en dire plus sans trop en révéler), mais au final le récit laisse une petite impression d’inachevé : on n’est pas sûr de savoir quel « camp » le personnage - et Asano - a choisi à la fin. Au dessin, le réalisme de ses graphismes fait mouche. Le mangaka propose des planches et une mise en scène assez sobres. On est loin des personnages cartoonesques de Dead dead demon’s dededede destruction, ou des expérimentations graphiques, ce qui colle bien au récit qui ne se veut pas décalé mais au contraire foncièrement ancré dans la réalité la plus basique. Pour finir, il est difficile de dire si Errance plaira aux lecteurs, mais on a en tout cas l’impression d’en apprendre beaucoup sur Inio Asano lui-même à travers les doutes exprimés par son protagoniste en pleine crise existentielle. Un titre dont le parallèle avec la réalité semble plutôt le réserver aux fans de l’auteur donc, qui sauront mieux que les autres y déceler en filigrane les réflexions (certaines évidentes, mais aussi d’autres plus subtiles) auquel le mangaka veut amener ses lecteurs.

voir la fiche officielle ISBN 9782505075479