parution 11 mai 2011  éditeur Casterman  Public ado / adulte  Thème Chronique sociale

Ça ne coûte rien

Un héritage presque en poche et la curiosité en bandoulière, un jeune Français décide de s'expatrier en Chine. Il y découvre une culture différente et une ville tour à tour opulente ou miséreuse. Intéressant mais pas complètement abouti.


Ça ne coûte rien, bd chez Casterman de Limousi
  • Notre note Yellow Star Yellow Star Grey Star Grey Star

    CHEF D'ŒUVRE   Green Star Green Star Green Star Green Star

    TRÈS BON   Green Star Green Star Green Star Dark Star

    BON   Green Star Green Star Dark Star Dark Star

    BOF. MOYEN   Green Star Dark Star Dark Star Dark Star

    BIDE   Dark Star Dark Star Dark Star Dark Star

  • Scénario Yellow Star Yellow Star Grey Star Grey Star

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  • dessin Yellow Star Yellow Star Grey Star Grey Star

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©Casterman édition 2011

L'histoire :

Shanghai, mars 2008. Pierre, un jeune Français, débarque pour la première fois en Chine. Il a prévu d'y rester trois mois pour voir comment se passe la vie dans ce pays en pleine croissance, et entrant de plain-pied dans la société de consommation. Dans l'attente d'un héritage familial important, il a prévu de payer le loyer et la nourriture avec ses économies. Autant dire que pour le moment, l'argent n'est pas un souci. Là-bas, il s'est installé en colocation avec deux filles. Daniel, une connaissance de connaissance et jeune expatrié français lui aussi, propose de lui faire découvrir la ville: il lui explique les us et coutumes, en lui indiquant aussi que la vie est facile à Shanghai. Ville dynamique, moderne, grouillante d'hommes et de femmes pressées, Shanghai est une véritable métropole asiatique. Peu à peu, Pierre va découvrir une ville de tous les excès, moderne et élancée, hérissée de gratte-ciel géants, sorte de chantier permanent où grues et ouvriers soulèvent une poussière quotidienne. Ses visites le mènent aussi dans les quartiers animés, cossus et branchés du centre-ville, réservés à une élite friquée qui sort en boite, se shoote à l'héroïne et se délasse lors de massages tarifés. Sorties nocturnes et oisiveté rythment alors les journées de Pierre. Mais l'héritage attendu n'arrive jamais, et rapidement, Pierre se retrouve fauché, obligé de compter ses pièces. En plus, cette vie insouciante d'expatrié ne lui convient guère. Lui souhaite aller à la rencontre de la population locale, "les vrais gens". Faute d'argent, il va devoir déménager et freiner ses dépenses pour simplement vivre normalement. Il va alors plonger dans l'envers du décor, sorte de miroir inversé du centre-ville, fait de banlieues populaires miséreuses, peuplées de laissés-pour-compte oubliés par la mondialisation.

Ce qu'on en pense sur la planète BD :

Voyage initiatique au cœur d'une Chine urbaine fantasmée ou réelle, riche ou miséreuse, mais aussi analyse sans complaisance des valeurs occidentales, Ça ne coute rien emprunte le regard d'un expatrié français débarquant à Shanghai avec quelques sous en poche. Auscultant l'égoïsme des comportements, la vanité de certains besoins, la haine de l'étranger, l'influence de nos décisions sur le destin ou encore le décentrement de l'individu face à l'incertitude, Saulne propose une excursion inconfortable non dénuée d'intérêt, et même surprenante, avec notamment le récit d'une anorexie masculine à la fois subie et volontaire, manière de découvrir qui l'on est vraiment dans la difficulté. D'abord en couleurs (les 100 premières pages) puis en gris ensuite (90 dernières pages), le rôle du visuel est ici de traduire au mieux le ressenti et la vision altérée de l'expatrié. Et c'est plutôt bien vu. Comme dans Le prétexte, la narration se partage entre scènes dialoguées et points de vue contemplatifs, sur lesquels vient parfois se plaquer une voix-off de carnet de voyage. Toutefois, les dialogues peinent à s'extirper de généralités consensuelles et ne donnent jamais à voir autre chose que ce à quoi le lecteur s'attend. Résultat : narration et personnage en deviennent plats. Autre écueil : à multiplier scènes de rues et paysages urbains montrant une Shanghai opulente ou sordide, Saulne fait lorgner la BD vers un témoignage carte-postale facile, sans réelle profondeur. Dommage... Reste un dessin jamais moche, détaillé et réaliste, manquant tout de même de nuance, et un beau portrait de l’éveil de la Chine à la modernité, entre luxe et misère. Bref, digne d'intérêt et original dans l'ensemble, à défaut d'être pleinement convaincant.

ISBN 9782203030572