parution 16 octobre 2015  éditeur Casterman  Public ado / adulte  Thème Historique

Le Sentier des reines

Un poilu rescapé de la Grande Guerre harcèle deux femmes devenues par nécessité colporteuses pédestres à travers les Alpes. Un étonnant road-trip, entre thriller et peinture sociale de l’après-guerre.


Le Sentier des reines, bd chez Casterman de Pastor
  • Notre note Yellow Star Yellow Star Yellow Star Yellow Star

    CHEF D'ŒUVRE   Green Star Green Star Green Star Green Star

    TRÈS BON   Green Star Green Star Green Star Dark Star

    BON   Green Star Green Star Dark Star Dark Star

    BOF. MOYEN   Green Star Dark Star Dark Star Dark Star

    BIDE   Dark Star Dark Star Dark Star Dark Star

  • Scénario Yellow Star Yellow Star Yellow Star Yellow Star

    CHEF D'ŒUVRE   Green Star Green Star Green Star Green Star

    TRÈS BON   Green Star Green Star Green Star Dark Star

    BON   Green Star Green Star Dark Star Dark Star

    BOF. MOYEN   Green Star Dark Star Dark Star Dark Star

    BIDE   Dark Star Dark Star Dark Star Dark Star

  • dessin Yellow Star Yellow Star Yellow Star Yellow Star

    CHEF D'ŒUVRE   Green Star Green Star Green Star Green Star

    TRÈS BON   Green Star Green Star Green Star Dark Star

    BON   Green Star Green Star Dark Star Dark Star

    BOF. MOYEN   Green Star Dark Star Dark Star Dark Star

    BIDE   Dark Star Dark Star Dark Star Dark Star

©Casterman édition 2015

L'histoire :

1919, en plein hiver, dans un village d’altitude de Savoie. Tandis que la cloche sonne pour annoncer une nouvelle messe, la veuve Blanca Dupraz finit d’empaqueter ses éléments de mercerie au sein d’une balle en bois. Elle a décidé de profiter de ce moment où le village est désert pour partir, définitivement. Elle renie en bloc ce village et ses mentalités. Une avalanche vient d’y tuer son mari et son fils, pourtant revenus vivants de la guerre, ainsi qu’un couple d’amis. Elle emmène avec elle sa belle-fille Pauline, donc veuve elle aussi, ainsi que le jeune Florentin, que l’avalanche a laissé orphelin. Elle a décidé de colporter sa mercerie à la place de son homme, à pieds, de par les chemins et les cols escarpés et enneigés. Une folie ! Un premier trajet mène le petit groupe et leur mule jusqu’à un village… non sans mal. L’hôtelier local leur offre du café et les prévient : un dénommé Félix Arpin, d’Albertville, un poilu rescapé de la guerre, les attend là depuis plusieurs jours. Les deux femmes ne connaissent pas ce nom. Ils partent se faire héberger chez la famille de Pauline. Mis au courant du passage des deux femmes, le poilu les file et se faufile dans la bergerie où dort leur mule pour y passer la nuit. Il est devenu un vagabond, un ivrogne. Il a une idée fixe en tête : retrouver la montre en or que le mari de Blanca a jadis dérobée sur le corps d’un officier mort, et qu’il devait partager avec lui. Cet homme est opiniâtre et dangereux…

Ce qu'on en pense sur la planète BD :

Avec Le sentier des reines, Anthony Pastor se livre tout à la fois à une peinture de la société rurale au début du XXème siècle, au portrait subtil d’une femme de tête, et à une chronique historique de l’après première guerre mondiale. C’est surtout ce dernier aspect qui transparait de ce récit grave en one-shot, sans aucune lourdeur d’intention. On y cerne d’une part les difficultés de la société française rurale à panser ses plaies, ses rancunes et ses vengeances, au lendemain de ce conflit ahurissant. D’autre part, l’émancipation des femmes, devenues forces vives de la nation par la force des choses… mais une émancipation réprimées par la France de 1918, a contrario de ses voisins européens (les anglaises et les allemandes décrochèrent le droit de vote). Le trio central de personnage héros se compose de deux femmes et d’un adolescent introverti. Perdus dans leurs destinés, après s’être retrouvés prématurément seuls, ils se lancent dans un road-trip pédestre, une fuite en avant éperdue, sans perspective, avec l’angoisse sourde d’un psychopathe à leurs talons. Car le harcèlement psychologique d’un ex-poilu ivrogne et violent confère une ambiance de thriller au récit et le débarrasse de l’austérité de mise. Ce dénommé Félix Arpin tient le rôle du méchant de service et serait en tous points détestable… s’il n’y avait ses années de guerre pour lui conférer des circonstances atténuantes. Blanca en a pleinement conscience, lorsqu’elle ne se résout pas à lui réserver un sort définitif et le tient en considération, malgré tout. Pour la densité psychologique, la reconstitution historique, la subtile évocation sociale, le suspens… pour toutes ces qualités, distinctes ou réunies, le récit tient le lecteur en haleine de la première à la dernière page. D’autant que pour son dessin, tout en hachures numériques fines et précises, Pastor s’est librement inspiré d’une documentation d’époque réaliste : les cartes postales anciennes, qui se sont mises à pulluler à cette époque, jusqu’à nous apporter un témoignage riche et précis de la période. Une très bonne surprise !

voir la fiche officielle ISBN 9782203094529