Olympe de Gouges, bd chez Casterman de Bocquet, Catel ©Casterman édition 2012

Olympe de Gouges

Engagée et têtue, lettrée et indépendante d’esprit, partisane de la monarchie constitutionnelle et de la République, Olympe de Gouges fut l’une des premières féministes. La biographie romancée et richement documentée d’une femme au destin singulier.

L'histoire : Marie Gouze nait à Montauban en 1748. Issue de la petite bourgeoisie de province, elle mène une vie calme, entre goût pour les lettres et occupations quotidiennes. En 1765, elle se marie à l’âge de 17 ans avec Louis-Yves Aubry. L’année suivante, naît Pierre, leur fils. Sauf qu’un an plus tard, la crue du Tarn ravage Montauban, entrainant noyades et fièvres. Louis-Yves décède et Marie se retrouve veuve. Désormais libre, Marie adopte le pseudonyme d’Olympe de Gouges. Au gré des hasards ou au détour d’une rencontre, Olympe affirme son caractère bien trempée à une époque où les femmes sont sujets des hommes. En 1788, elle écrit une pièce de théâtre contre l’esclavage : Zamone et Mirza ou l’heureux naufrage, qui fait scandale dans un pays acteur du commerce triangulaire. Lettrée et engagée, polémiste et militante, elle se passionne pour la Révolution française tout en défendant l’idée d’une monarchie constitutionnelle. Participant aux débats, faisant placarder des affiches sur les murs de Paris, elle se dit révoltée par la Constitution de 1791 qui écarte les femmes de la vie politique. Suite logique, elle écrit en 1791 une « Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne » adressée à la première femme de France, la reine Marie-Antoinette. Acquise finalement à la cause républicaine et s’opposant à la condamnation du roi, elle sera poursuivie par le tribunal révolutionnaire et condamnée à la guillotine, soupçonnée par les ultras de comploter contre la Révolution à cause de son opposition au gouvernement montagnard et à la Terreur. Révolutionnaire vue d’un mauvais œil, elle fut une pionnière du combat pour l’égalité des sexes et l'émancipation des femmes et, sans doute, bien trop en avance sur son temps...

Ce qu'on en pense sur la planète BD :  A travers cet épais roman graphique (500 pages) Catel et José-Louis Bocquet ont voulu mettre en avant un destin hors du commun, celui d’une femme en avance sur son temps, pionnière dans la lutte pour les droits des femmes mais aussi à l’avant-garde dans d’autres domaines : contre la peine de mort, contre l’esclavage, pour la justice sociale et la non-violence. C’est bien son esprit frondeur, lorsqu’elle s’oppose à la Terreur de Robespierre, qui la conduit à l’échafaud. Considérée comme « une agitatrice intempestive et déplacée » ou « une déesse de miséricorde », elle fut à la pointe des luttes réclamant le droit de vote ou le droit de divorcer pour les femmes, révélant une indépendance d’esprit radicale. A partir des textes autobiographiques d’Olympe de Gouges, mais aussi de travaux érudits d’historiens spécialistes, complété par un impressionnant travail de documentation (annexes et biographies de figures historiques rencontrées dans le livre), les auteurs ont façonné la trame narrative de cet ouvrage très informatif et rigoureux en parallèle d’une trame chronologique. C’est souvent très dense, presque trop dans les 350 premières pages, d’ailleurs, car le récit tourne en rond et semble privé de souffle. Il s’accélère heureusement à l’approche des événements fondateurs de la Révolution française, restituant le destin à la fois tragique et subversif d’une femme anticonformiste, prisonnière d’un corps mais libre d’esprit. Le travail ciselé sur les dialogues et le sérieux de l’ensemble sont remarquables, même si la lourdeur de l’ouvrage, des planches et des dialogues peine à faire ressortir la personnalité d’Olympe de Gouges, étouffée par la foule de personnages qu’elle croise ou les nombreux événements qu’elle vit. En forme d’hommage à une pionnière du féminisme, ce livre est un portrait plutôt intéressant mais lourd, qui exige un bel effort de la part du lecteur (une bonne connaissance des événements révolutionnaires, notamment, accroit le plaisir de lecture). Circonstance oblige, le dernier mot sera pour Olympe, éternelle contestataire, conduite à sa perte par ce qui a justement fait sa force : « La femme a le droit de monter sur l’échafaud ; elle doit également avoir celui de monter à la tribune ».

  • scénar dessin


5 avril 2012



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les avis des terriens

  • Un très bel hommage 29 août 2012

    J'ai mis 3, mais j'ai hésité à mettre 4. Cette BD est un bijou, Olympe de Gouges est vue sous un jour qui la met en valeur. Il y a peu de travaux sur la vie de cette personnalité de la révolution française, qui a souvent dérangé. Pourtant, elle fait partie des quelques figures féminines de cette époque dont on a retenu le nom. Elle est la rédactrice de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, ce qui lui a valu beaucoup de railleries de la part des hommes influents de son époque, mais aussi de son entourage et même du peuple. Tout ceci est plutôt bien traduit dans cette BD. Certes, elle est volumineuse et dense, peut-être même un peu trop. Et on reprochera sans doute aussi la nécessité de bien connaître la trame de la révolution française pour comprendre toute l'aventure. Même chose pour le vocabulaire utilisé, assez pointu, et les références littéraires, précises et riches. Mais comment écrire l'histoire d'une protagoniste de la Révolution sans y faire référence ? Bref, le récit est très complet, et le graphisme, simple, en noir et blanc, rend malgré tout abordable cette bande dessinée biographique. Une très belle découverte.

    Angèle


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Olympe de Gouges, bd chez Casterman de Bocquet, Catel ©Casterman édition 2012

14 mars 2012

Casterman

Ecritures

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9782203031777

ado / adulte

Historique

Olympe de Gouges série terminée en France
1 album paru, 1 prévu