parution 28 août 2013  éditeur Coop Breizh  Public ado / adulte  Thème Policier

Sant-Fieg T1

Rachid

Après la guerre d’Algérie, Rachid s’exile aux fins fonds de la Bretagne, provoquant des remous dans le village. Un polar sombre et superbement raconté, doublé d’une dénonciation forte du racisme à la française.


 Sant-Fieg T1 : Rachid (0), bd chez Coop Breizh de Heurteau
  • Notre note Yellow Star Yellow Star Yellow Star Yellow Star

    CHEF D'ŒUVRE   Green Star Green Star Green Star Green Star

    TRÈS BON   Green Star Green Star Green Star Dark Star

    BON   Green Star Green Star Dark Star Dark Star

    BOF. MOYEN   Green Star Dark Star Dark Star Dark Star

    BIDE   Dark Star Dark Star Dark Star Dark Star

  • Scénario Yellow Star Yellow Star Yellow Star Yellow Star

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  • dessin Yellow Star Yellow Star Yellow Star Grey Star

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    BIDE   Dark Star Dark Star Dark Star Dark Star

©Coop Breizh édition 2013

L'histoire :

Au moment où la Bretagne est secouée par les manifestations de citoyens contre l’installation de l’usine à Plogoff, un jeune homme se rend à Paris dans le quartier du Marais, chez Liz Gerrard. La télévision ne parle que d’un événement : l’assassinat de John Lennon. Le jeune se présente. Il s’appelle Armel et il a besoin d’aide. En effet, orphelin depuis longtemps, il vient d’apprendre qu’il a hérité d’une maison en Bretagne, sur la presqu’île de Crozon, d’une grand-mère qu’il ne connaît pas. Le testament prévoit de laisser la maison à son petit-fils, mais stipule également que l’identité de sa grand-mère devra rester secrète. Armel n’a qu’une idée en tête : retrouver les traces de cette grand-mère pour remonter finalement sur le passé de ses parents qu’il ne connaît pas. Il s’est ainsi rendu en Bretagne dans le village Saint-Fiacre (Sant Fieg en breton) où se trouve la maison qui est sienne, mais personne n’a voulu le renseigner. Seule une certaine Chantal Masson a discuté avec lui. Elle connaissait les parents d’Armel qui s’étaient rencontrés à la fin de la guerre d’Algérie. Elle lui a donné l’adresse où il pourra avoir des informations supplémentaires : celle de Liz Gerrard. Celle-ci donne à Armel un objet très précieux : le carnet de bord de Maëlle Le Bec, sa mère. Le journal intime démarre en 1963, peu après l’assassinat du président Kennedy. Un Algérien, Rachid, arrive à Fret, un village breton. Il se pose à un bar bondé de monde, mais beaucoup le regardent d’un mauvais œil. Une jeune fille, Maëlle, danse avec un voyou. Ce dernier, voyant arriver l’étranger, provoque Rachid. Mais Maëlle tente de prendre sa défense…

Ce qu'on en pense sur la planète BD :

Sant Fieg est un diptyque policier qui a obtenu le prix du meilleur Polar 2013 au festival de Cognac (excusez du peu). l'auteur Stéphane Heurteau est spécialiste des histoires « régionales » qui se passent en Bretagne. Avec leur ancrage de terroir, ses intrigues n’en prennent que plus de puissance et de réalisme. Ici, l’idée de mêler deux mondes totalement opposés (la Bretagne et l’Algérie) fait des étincelles. On suit ainsi en flashback le destin sombre d'un exilé de la guerre d’Algérie qui atterrit en plein Sant-Fieg (le nom du village Saint-Fiacre en breton) et on imagine bien les problèmes que cela va engendrer. D’autant que Rachid va avoir une liaison avec la jeune bretonne Maëlle. L’histoire est assez classique, avec ce polar sur fond de racisme poisseux. Pourtant, le traitement est des plus stimulants puisqu’on suit le jeune Armel qui remonte le fil de l’histoire et qui découvre une toile d’araignée en guise de passé familial. Les narrations se multiplient entre le présent d’Armel qui se cherche et le passé de Rachid qui cherche également sa place au milieu d’un pays qui le rejette. L’écriture d’Heurteau est parfaite, alternant pauses et moments de tensions énormes. L’ensemble est si réaliste qu’on se croirait plonger dans les années 80, immersion d’autant plus forte que l’auteur donne en pagaille des dates fortes de l’époque entre les chapitres. Pour accentuer cette plongée dans la France du quotidien, il glisse des références culturelles, entre les radios qui martèlent le son de chansons bien connues de l’époque ou la télé qui répète les informations en boucle. Que dire également de la peinture des personnages ? Tous sont touchants de vie et de naturel : du jeune voyou à la jeune fille qui rêve d’émancipation, de l’orphelin au militant breton, du père raciste au maire manipulateur. Tous ces protagonistes, parfaitement campés, jouent une tragédie d’autant plus forte qu’elle touche à des sujets sensibles comme le racisme latent. L’éclatement de la chronologie finit par mettre en avant une terrible vérité : l’histoire ne fait que se répéter puisque la famille d’Armel aura sensiblement le même destin, poursuivie par la haine et l’intolérance envers ceux qu’on appelle les « Arabes ». Le ton est d’une puissance redoutable et l’auteur ne juge jamais ses personnages, se contentant de les montrer dans leur bêtise repoussante. Le dessin est également une réussite : les tons gris rendent l’histoire plus sombre encore. Le trait d’Heurteau est plein de finesse et de justesse. Une série coup de poing qui démarre sur les chapeaux de roues...

voir la fiche officielle ISBN 9782843466007