Dorian Gray, bd chez Daniel Maghen de Corominas ©Daniel Maghen édition 2011

Dorian Gray

Dorian Gray, jeune éphèbe conscient du caractère éphémère de sa beauté, souhaite désormais que le tableau peint par son ami Basil Hallward vieillisse à sa place... Adaptation graphiquement très réussie du chef d'œuvre fantastique d'Oscar Wilde.

L'histoire : Londres, hiver 1899. Basil Hallward est sur le point de terminer son chef d'œuvre : le portrait de Dorian Gray, un homme dont le physique et la jeunesse rappellent un idéal de beauté grec. Fascinant, parfait, le tableau de Basil a su saisir l'essence éternelle de ce corps. La Beauté parfaite de Dorian Gray suscite l'intérêt de Lord Henry Wotton, dandy hédoniste, cynique et vaniteux, avide de corrompre la jeunesse et de rencontrer le jeune homme. Basil s'inquiète alors : Dorian est son inspiration, son modèle, l'expression de son idolâtrie artistique, le chef d'œuvre de sa vie, alors que Lord Henry n'y voit qu'un jeune homme de plus à pervertir. Lord Henry et Dorian se retrouvent alors dans un jardin où ils font connaissance. Flattant la jeunesse de Dorian, multipliant les éloges sur sa beauté, Lord Henry commence à attirer l'homme dans ses filets : il voudrait en faire le symbole d'un nouvel hédonisme. Et ça fonctionne, puisque depuis quelques jours, une nouvelle et merveilleuse expression illumine le visage de Dorian. Leur nouvelle amitié sonne alors comme un caprice et Dorian commence à prendre conscience de sa beauté, de sa jeunesse et surtout de leur caractère éphémère. Va naître dès lors en lui une profonde jalousie à l'égard de son propre portrait, doublée d'une obsession croissante... Il fait alors le vœu suivant : que son portrait vieillisse à sa place pour que lui, Dorian Gray, garde éternellement sa beauté juvénile. "Il donnerait tout pour cela, jusqu'à son âme"... Désormais, Dorian sera jaloux de toute chose dont la beauté ne meurt pas... Entre hédonisme et décadence, voici la vie tragique de Dorian Gray ou la chronique d'une corruption qui finit par détruire ce que l'on voulait sublimer...

Ce qu'on en pense sur la planète BD :  Enrique Corominas a relevé le pari difficile d'adapter en BD le chef d'œuvre d'Oscar Wilde, roman imprégné d'un paganisme décadent et hédoniste. Une véritable gageure, quand on sait toute l'importance revêtue par l'image et son reflet dans le texte. Si le scénario réserve peu de surprises pour qui a déjà lu le roman, le graphisme de Corominas en revanche, dans un style Art Déco tour à tour flamboyant ou inquiétant, expressif ou dépressif, sait parfaitement s'adapter à la tonalité tragique et hédoniste de l'histoire. Culpabilité et innocence, beauté et morale, péchés et passions, la BD évoque tout cela à la fois. Outre les aquarelles restituant à merveille l'ambiance de l'époque victorienne et évitant le simple pastiche (certaines planches sont de magnifiques tableaux d'époque), la BD séduit par sa mise en scène théâtrale découpée en 5 actes, faisant la part belle au destin tragique de Dorian et au changement qui s'opère en lui. Car Dorian n'est pas moins qu'un jeune éphèbe traqué par un portrait lui rappelant sans cesse sa dégradation morale, sorte de miroir d'une âme corrompue. Charge à la couleur de traduire cette déchéance : naturaliste et enchanteresse au premier chapitre, elle se charge ensuite d'émotion dans les chapitres intermédiaires, tandis que la palette de tons devient plus expressive vers la fin. Un seul regret, toutefois : on sent Corominas plus à l'aise dans la restitution de l'ambiance victorienne que dans la description des états névrotiques et psychédéliques que traverse Dorian en fin de livre (voir le passage où Dorian lit A Rebours de J.K. Huysmans et Les Chants de Maldoror de Lautréamont). Agrémentée d'un making-of et d'un cahier illustré, voilà au final une adaptation réussie et captivante du récit irrévérencieux et philosophique d'Oscar Wilde. Alors oui, « la meilleure façon de résister à la tentation est peut-être encore d'y céder »... Mais le prix du péché sera proportionnel à son degré d'amoralité : la solitude ou la mort, au choix...

  • scénar dessin


20 septembre 2011



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les avis des terriens

  • miroir mon beau miroir... 1 juillet 2013

    N'ayant pas lu le texte original (mais sachant de quoi il en retourne) j'ai pris ce magnifique ouvrage vierge de toutes pensées pré-fabriquées et j'ai beaucoup aimé le graphisme et l'âme torturé de D Gray. Certes, le début est un peu difficile car la prose est particulière, mais on s'y fait vite et on découvre une œuvre assez particulière sur la beauté, l'art... C'est pas forcément évident à apprécier (la décadence de D Gray n'est pas assez montrée, seulement très suggérée) mais cela reste fort. (mention spéciale pour les tableaux qui jalonnent le volume. Dessins magnifiques.

    Flog

  • C'est moi que j'aime à travers vous ... [air connu] 15 octobre 2011

    Que je sois jeune pour toujours et que le tableau vieillisse. Cette phrase - en apparence anodine – va changer à jamais la vie de Dorian Gray, jeune dandy narcissique. Qu’est-il possible de dire d’un tel album quand - comme moi – l’œuvre d’Oscar Wilde vous est pratiquement inconnue ? Il vous reste à le juger pour lui-même ! Graphiquement, cet album est superbe - surtout la version toilée de Canal BD - et même si le trait n’est pas de celui que vous affectionnez, le travail des couleurs, la manière de dessiner (ou de peindre) d’Enrique Corominas et l’interprétation picturale qu’il fait de l’Angleterre victorienne et de Dorian Gray ne peuvent pas vous laisser insensible. Plus vous avancez dans l’histoire, plus l’album devient sombre, oppressant, à l’image de la déliquescence dans laquelle notre élégant décadent semble s’enfoncer avec délectation. Au-delà de l’histoire, au-delà du dessin, il y a donc la lente descente vers la folie destructrice d’un homme qui n’aimait que lui-même et l’image que lui renvoyaient les autres. A la fois fable métaphorique et performance graphique de grande qualité, l’album d’Enrique Corominas vous interpellera obligatoirement. Un album qui se regarde au moins autant qu’il se lit…

    Dix Sept


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Dorian Gray, bd chez Daniel Maghen de Corominas ©Daniel Maghen édition 2011

15 septembre 2011

Daniel Maghen

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9782356740229

ado / adulte

Roman graphique

scénariste
dessinateur
coloriste
 

Dorian Gray série terminée en France
1 album paru, 1 prévu