parution 01 juillet 2010  éditeur Dargaud  Public ado / adulte  Thème Chronique sociale

Léa ne se souvient pas comment fonctionne l'aspirateur

Pour son nouveau roman, un écrivain s'inspire de la pathologie psychique de son ex-voisine, à son insu : Léa bloque devant ses appareils ménagers. Une production franco-coréenne superbe et poignante.


Léa ne se souvient pas comment fonctionne l'aspirateur, bd chez Dargaud de Corbeyran, Gwangjo
  • Notre note Yellow Star Yellow Star Yellow Star Grey Star

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    BIDE   Dark Star Dark Star Dark Star Dark Star

  • Scénario Yellow Star Yellow Star Yellow Star Grey Star

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  • dessin Yellow Star Yellow Star Yellow Star Yellow Star

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©Dargaud édition 2010

L'histoire :

A 40 ans passés, l’écrivain Louis Levasseur a perdu ses illusions. Son éditeur s’impatiente depuis plus de 2 ans qu’il produise la moindre ligne et les ventes de ses précédents bouquins sont médiocres. Tandis qu’il trimballe sa déprime dans la rue, il ramasse les détritus d’une poubelle qu’un chien errant a éventrée. Il s’amuse d’y trouver une grosse quantité de modes d’emplois pour des appareils électroménagers, ainsi que le journal intime d’une jeune femme, empli de lieux communs, aussi insipides que narcissiques. Et puis le soir, comme les autres soirs, devant son traitement de texte, rien ne sort. Pour se donner de l’inspiration, il a l’idée d’aller récupérer dans la poubelle le journal intime de cette dénommée Léa. Il découvre qu’il s’agissait de la voisine asiatique du dessous, qui vient de déménager suite à son divorce. Femme au foyer soumise, Léa y relate une curieuse pathologie : un beau jour, sans raison apparente, elle s’était mise à « bloquer » devant tous les appareils ménagers. Impossible de se souvenir comment fonctionne un aspirateur, une machine à café ou un lave-linge. Les reproches de son époux sont certainement la cause du divorce… Louis trouve cette idée de départ géniale et décide d’en faire le sujet de son nouveau roman. Il avertit son éditeur qu’il tient le prochain best-seller et se met à écrire frénétiquement, relatant les conséquences au quotidien de cette curieuse maladie, extrapolant et fantasmant ses origines…

Ce qu'on en pense sur la planète BD :

Entre deux séries grand-public et/ou commerciales, l’archi prolifique scénariste Eric Corbeyran livre également de véritables petites pépites, dans un registre plus intimiste. Le titre de ce petit bouquin de 126 planches a d’ailleurs de quoi interpeler ! L’approche est un classique : le scénariste raconte l’histoire d’un écrivain qui raconte. Cette mise en abyme est entre autre l’occasion pour Corbeyran de mettre en relief les anxiétés, les satisfactions et les doutes inhérents à son métier de créateur de fictions. Mais le cœur du sujet, la plupart du temps narré en voix-off, à travers les pensées et lectures du héros, demeure Léa et sa pathologie. Initialement looser dans un premier chapitre, Louis Levasseur trouve enfin son sujet, piquant. Il enquête, extrapole, exploite le traumatisme psychique de cette voisine inconnue, Léa, et bâtit ce qui sera un gros succès de librairie. Dans un second chapitre, alors qu’il est au faîte de la gloire, le hasard met la jeune femme sur sa route, et alors… Impossible d’en dire plus long sur ce qui fait assurément le sel de l’ouvrage, sans déflorer le suspens. Reconnaissons juste que la démonstration finale est à la fois habile et déchirante et qu’elle aborde sous un angle original un grave problème social. Corbeyran semble donc inspiré par les portraits de femmes tourmentées : celui-ci est différent, mais tout aussi poignant que son précédent Rosangella (avec Olivier Berlion). L’émotion suscitée doit aussi beaucoup au dessin du coréen Gwangjo, réalisé entièrement en crayonné, sur un style ultra réaliste feutré, élégant et régulier. Par petites touches humoristiques, Gwangjo insère aussi sporadiquement quelques « mimiques » issues des manhwas. Une jolie surprise, qui mérite qu’on s’y intéresse !

voir la fiche officielle ISBN 9782505008613