Les Folies bergères, bd chez Dargaud de Zidrou, Porcel ©Dargaud édition 2012

Les Folies bergères

Au milieu des tranchées, les hommes du 17ème régiment d’infanterie se sont promis de se rendre aux Folies Bergère à la fin de la guerre. Un nouveau récit au cœur de la folie des hommes et de la guerre.

L'histoire : Première guerre mondiale. Dans les tranchées boueuses du front, les assauts se suivent et se ressemblent, avec leurs lots innombrables de morts et de mutilés. Epuisés, la peur au ventre, quelques braves, baïonnette en avant, se jettent sous le feu nourri des allemands. Seul moment d’évasion au milieu de ce bourbier pour les soldats du 17ème régiment d’infanterie : les folies bergères, un modeste espace de distraction improvisé au milieu des tranchées, où quelques soldats se donnent en spectacle. Comme pour conjurer le sort, ces poilus se sont promis de fêter la fin de la guerre dans le plus célèbre des music-halls parisien. Trois des leurs n’auront pas cette opportunité : au comportement déviant ou récalcitrant, la cours martiale a décidé de les fusiller. Rubinstein se retrouve sur le peloton d’exécution pour avoir mutilé le sergent qui lui a injustement refusé les permissions. Par un mystérieux miracle, les balles n’auront pas raison de lui…

Ce qu'on en pense sur la planète BD :  De par son atrocité, la première guerre mondiale n’a eu de cesse d’inspirer les auteurs de BD. Difficile de sortir des sentiers battus dans ce registre, surtout quand certaines grandes pointures de la BD ont sublimé le genre (comme Jacques Tardi ou plus récemment Kris et Maël). Pour évoquer le quotidien de ces poilus, Zidrou ne s’est pas cantonné à un récit réaliste et crû de cette grande boucherie : au milieu des tranchées, certains phénomènes irrationnels surviennent. Comme ce fusillé qui survit à deux pelotons d’exécution ou encore cette jeune fille, venue de nulle part, qui surgit sur un champ de bataille. A la peur de mourir, à l’odeur des cadavres, vient s’ajouter l’immense douleur de ne pas voir ceux qu’on aime et plus particulièrement les femmes. La plupart des jeunes soldats réquisitionnés ont été contraints de laisser femmes et enfants derrière eux pour partir au front. Dans ce contexte inhumain, les âmes se perdent et sont en proie à des hallucinations, avant de sombrer dans la folie. Après La peau de l’ours, Zidrou prouve à nouveau qu’il a plusieurs cordes à son arc et qu’il est capable de passer du registre de l’humour bon enfant (L’élève Ducobu, Oscar, Sac à puces) à des scénarios intenses, graves et profonds. L’encrage prononcé du sublime dessin expressif de Francis Porcel vient asseoir l’ambiance pesante et charbonneuse de la grande guerre. Les rares couleurs de ce récit en sépia ne sont exploitées qu’en dehors du champ de bataille.

  • scénar dessin


9 octobre 2012



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les avis des terriens

  • Les premiers pas de Zidrou dans les tranchées 29 juillet 2013

    J'ai lu cette bande dessinée, que mon copain avait reçu pour une occasion, avec beaucoup de scepticisme. D'une part, je définirais l’œuvre comme bouleversante si on s'en tient à son thème (les poilus dans les tranchées en 14-18) et à la touche "langage cru" ajoutée à un objet narratif déjà empreint de brutalité. D'autre part, et cet aspect m'a personnellement un peu plus déplu, l'histoire présente une dimension fantastique qui, selon moi, dénote légèrement au regard de ce qu'on pense trouver en ouvrant la BD. Mes attentes se tournaient davantage vers un panorama éclairé et éclairant de la vie dans les tranchées avec un côté poignant issu d'un dévoilement des pensées et sentiments des protagonistes de la première guerre. Certes, cet aspect est présent en partie, mais l'ajout de la dimension "miraculeuse" est à mon goût presque inintéressante. Ceci dit, je ne doute pas un instant que ce mélange puisse plaire. L’œuvre est d'autant étonnante qu'elle est scénarisée par l'auteur de L'élève Ducobu, des Crannibales ou de Tamara (Zidrou)... facteur qui a d'ailleurs engendré chez moi une certaine poussée de curiosité. Je ne sais pas s'il s'agit d'un défi professionnel, mais quoi qu'il en soit, je dirais malgré tout, qu'il est relevé. Quant au choix du dessin, plutôt éloquent, de Porcel, un dessinateur espagnol, c'est une complète réussite. Je trouve que le scénario et l'emprise émotive de l'histoire se marient complètement avec le style du dessinateur qui a d'ailleurs réalisé une couverture poignante qui donne envie de s'y frotter. Au final, le couple Zidrou-Porcel est plutôt intéressant et les pas de Zidrou dans du tragico-réaliste me plait au delà de l'empreinte magique ajoutée. Le thème est saisissant et sait retenir toute mon attention, le goût réaliste reste dans la bouche et en feuilletant ces pages, je verserais bien une larme pour cette tragique page d'histoire.

    Marion

  • Que la guerre est jolie ! 19 janvier 2013

    Détrompez-vous tout de suite : malgré le titre de cet avis, Les Folies Bergères n'est en aucun cas une œuvre prônant les valeurs de la guerre, mais uniquement une référence à un texte de Guillaume Apollinaire. Mais la formule n'est pas choisie au hasard : c'est un album superbe que nous livrent là Zidrou et Porcel. Au travers la vie d'une poignée d'hommes perdus en territoire de mort, cet album d'une puissance inouïe traite de la guerre comme peu d'œuvres le font. Marchant sans honte sur les terres de Tardi, Les folies Bergères est, à n'en pas douter, un futur classique. Scénarisé par un Zidrou que l'on n'attendait pourtant pas forcément dans ce registre, après son travail sur Ducobu, cet album extrêmement sombre nous emmène loin dans l'horreur, la Mort étant un personnage à part entière (voire le personnage principal) autour duquel tout tourne. Avec un scénario pareil, le dessin devait être à la hauteur : il est heureusement magnifique, qu'il s'agisse des planches en monochrome ou de celles optant pour la couleur, et témoigne d'une maîtrise admirable de la part de Porcel. Ultime argument en faveur de cet album : il s'agit d'un one-shot, mais il dispose d'au moins autant de contenu que bon nombre de séries. Un futur classique, assurément !

    Laurent

  • Une des meilleures BD de 2012 14 janvier 2013

    Une claque graphique, une claque scénariste, une claque, une grande claque. Il y a des albums qui vous choppent aux tripes, qui vous laissent l'œil humide et le souffle court. Les folies Bergères est de ceux là. Le destin de ces poilus, leur souffrance, leur quotidien, tout est bouleversant. Une des BD les plus fortes que j'ai lu.

    David

  • Diable que la guerre est jolie ! 12 décembre 2012

    Zidrou confirme avec cet album son double talent : traiter de sujets graves sans tomber dans le pathos, ni oublier l'humour et nous faire découvrir de nouveaux dessinateurs ibères talentueux. Belle réussite que de parler de la guerre de 14-18 en faisant oublier que Tardi est déjà passé par là.

    Jean Luc


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Les Folies bergères, bd chez Dargaud de Zidrou, Porcel ©Dargaud édition 2012

28 septembre 2012

Dargaud

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9782505013907

adulte

Guerre

Les Folies bergères série terminée en France
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