parution 07 mai 2010  éditeur Dargaud  Public ado / adulte  Thème Politique, Humour

Quai d'orsay T1

Engagé par le Quai d'Orsay pour s'occuper des « langages » de son ministre, Arthur Vlaminck découvre la frénésie du milieu diplomatique. Dans cet univers de technocrates, Blain déploie une nouvelle fois un talent époustouflant. Jubilatoire !


 Quai d'orsay T1, bd chez Dargaud de Lanzac, Blain, Sapin
  • Notre note Yellow Star Yellow Star Yellow Star Yellow Star

    CHEF D'ŒUVRE   Green Star Green Star Green Star Green Star

    TRÈS BON   Green Star Green Star Green Star Dark Star

    BON   Green Star Green Star Dark Star Dark Star

    BOF. MOYEN   Green Star Dark Star Dark Star Dark Star

    BIDE   Dark Star Dark Star Dark Star Dark Star

  • Scénario Yellow Star Yellow Star Yellow Star Grey Star

    CHEF D'ŒUVRE   Green Star Green Star Green Star Green Star

    TRÈS BON   Green Star Green Star Green Star Dark Star

    BON   Green Star Green Star Dark Star Dark Star

    BOF. MOYEN   Green Star Dark Star Dark Star Dark Star

    BIDE   Dark Star Dark Star Dark Star Dark Star

  • dessin Yellow Star Yellow Star Yellow Star Yellow Star

    CHEF D'ŒUVRE   Green Star Green Star Green Star Green Star

    TRÈS BON   Green Star Green Star Green Star Dark Star

    BON   Green Star Green Star Dark Star Dark Star

    BOF. MOYEN   Green Star Dark Star Dark Star Dark Star

    BIDE   Dark Star Dark Star Dark Star Dark Star

©Dargaud édition 2010

L'histoire :

Quai d’Orsay, ministère des affaires étrangères. Le ministre Alexandre Taillard de Worms est un personnage singulier. Exalté, hyperactif, grandiloquent, volontiers emphatique, il est sans cesse porté par l’action et l’urgence de situations diplomatiques graves, mettant en jeu la France et son image dans le monde. Il recrute alors Arthur Vlaminck, jeune conseiller, qu’il charge d’écrire ses discours. Un peu naïf au regard de son inexpérience, Arthur va découvrir un univers bourré de contradictions, navigant entre paroles de circonstances et realpolitik. Happé par l’exaltation et l’effervescence du cabinet ministériel, le frêle conseiller voit alors déferler une tornade verbale et lyrique en la personne du ministre. Première tâche pour le « scribe » Vlaminck : rédiger le discours du « pharaon » à la commission des droits de l’homme à Genève. Malgré tous les efforts mis par Vlaminck dans la rédaction, Worms se révèle systématiquement insatisfait du résultat. Comme si l’insatisfaction pouvait se révéler féconde. Il veut plus de rigueur, de structuration… et plus de souffle ! Car pour lui, homme épris de philosophie et de littérature, le pragmatisme en politique consiste à joindre l’acte à la parole pour tenter d’incarner au plus près la fonction. Il faut habiter son personnage pour lui donner grâce. Attention, voici un univers froid, inflexible, enfiévré… et drôle !

Ce qu'on en pense sur la planète BD :

Le ministre Alexandre Taillard de Worms (alias Dominique de Villepin dans le réel) serait-il un sophiste ? En tout cas, Christophe Blain aime à nous le dépeindre comme un homme épris de belles phrases, d’encyclopédisme et d’action. Personnage protéiforme, incarnant tout à tour Goliath, Casanova et Cyrano, le ministre nous est présenté tel un comédien à qui rien ne résiste. C’est d’ailleurs dans ce registre que le graphisme de Blain excelle. Esthétique de la théâtralité, art du burlesque et grammaire de l’urgence confèrent à cet album un souffle magistral. Le visuel est en effet prodigieux tout au long des 96 pages. Le gaufrier, en démultipliant postures outrancières, mouvements d’hélico et poses kung-fu, met en avant une fine et savoureuse caricature du ministre. Le comique de gestes et de situations vient alors se conjuguer à des torrents de verbe, irriguant les envolées lyriques d’un Worms toujours pressé, volubile, fougueux, débordant de faconde et imperméable à toute critique. Dans cet univers bouillonnant, la narration part à la recherche d’un sens qui échappe aux mots et aux discours politiques, souvent vides et incapables d’énoncer clairement une réalité mondiale en perpétuel devenir. Raison pour laquelle les discours sont sans cesse retravaillés ou recomposés (la destruction créatrice de Schumpeter !), au grand dam de Vlaminck, finalement épuisé. Quai d’Orsay est donc une expérience intelligente sur le langage graphique et narratif. C’est aussi un travail d’horloger, brillant par sa capacité à figurer le rythme et la vitesse dans le dessin, toujours exaltés ou embrasés dans Quai d’Orsay. Quant aux dialogues d’Abel Lanzac, ils sont fins, drôles, un brin exagérés et néanmoins toujours lucides. Même le principal intéressé (de Villepin), dans une interview accordée à Casemate, s’est dit touché et charmé par l’exercice. Alors, il ne reste plus qu’à vous jeter les yeux fermés dans l’enfer du décor…

voir la fiche officielle ISBN 9782205061321