Le dernier Jour d'un condamné, de Victor Hugo, bd chez Delcourt de Gros, Galopin ©Delcourt édition 2007

Le dernier Jour d'un condamné, de Victor Hugo

Dans son cachot, un condamné à mort attend dans l’angoisse l’application de sa peine. Une adaptation BD du formidable plaidoyer contre la peine de mort de Victor Hugo. Indispensable.

L'histoire : « Condamné à mort ! Voilà cinq semaines que j’habite avec cette pensée… Toujours seul avec elle… Toujours glacé par sa présence… » Dans son cachot ténébreux de la prison du Bicêtre, « il » attend qu’on lui inflige sa peine. Il ne s’attarde que peu sur les raisons qui l’ont conduit à cette condamnation ultime : seule compte l’échéance qui le sépare de son obsédant dénouement. Tantôt on lui envoie un prêtre, qui déverse comme une rengaine son flot ordinaire de prêches. Tantôt, c’est le directeur, qui lui demande, blasé et souriant, ce qui lui ferait plaisir. Qu’importe ce qui lui ferait plaisir : dans quelques heures, il ne sera plus. Griffonnés aux murs de sa cellule de 12 pieds de large, les graffitis des précédents locataires : que des célébrités dont les actes glacent le sang. Il est donc désormais leur pair. Assurément, contrairement à ce qu’il clamait au moment du verdict, il eut sans doute préféré le bagne à Cayenne, à perpétuité. On lui donne l’occasion de regarder à travers les barreaux, la « cérémonie » d’enchaînement du prochain convoi pour les galères, dans la cour. Les forçats promus le repèrent et scandent sa sentence. Le condamné à mort ! Le condamné à mort ! Jusqu’à l’écoeurement. Il en fait un malaise. Il se réveille à l’infirmerie…

Ce qu'on en pense sur la planète BD :  Ce texte de Victor Hugo, relativement court (comparé à bien d’autres de sa plume…) fut écrit relativement tôt dans sa carrière (1929). Ce texte préfigure nombre de discours ultérieurs, lorsque l’écrivain orienta sa carrière vers un tournant plus politique (1843). Ce magnifique et imparable plaidoyer contre la peine de mort ne perd en rien de sa puissance ni de sa pertinence avec le nouveau millénaire. Hugo était précurseur en la matière, comme nombre d’intellectuels de cette époque, plus d’un siècle et demi avant son abolition officielle en France, sous l’égide de Robert Badinter (1982 !!). Le malaise de se savoir condamné est hélas intemporel ; et les victimes de cette aberrante sentence juridique tombent encore aujourd’hui dans de nombreux pays. Plutôt que de « raconter » en détails l’itinéraire criminel ou même l’identité de ce condamné instruit en passe d’être guillotiné, Hugo/Gros se concentrent sur sa situation ultime. Pour souligner l’obsession – jusqu’à l’obscénité – de cette condamnation aberrante, l’ombre de la faucheuse surmontée d’un crâne cynique accompagne notre condamné dans la grande majorité des cases. Une pesanteur radicale en résulte. Peu importe pourquoi notre protagoniste est condamné : seules comptent ses angoisses dans les heures qui précèdent son exécution, durant ce moment à la fois trop long et trop court. L’auteur de cette adaptation BD en one-shot, Stanislas Gros, a été repéré par Jean-David Morvan, auteur-directeur de la collection Ex-Libris, sur Internet (stanislasgros.com). Son style graphique, noir et tourmenté, adopte à merveille le propos. Bien que nécessairement en huis clôt, le récit est extrêmement riche dans le fond et (évidemment) somptueusement formulé dans la forme. Idoine, le style graphique colle au ton de l’œuvre originale, trop peu distinguée au sein de la bibliographie de ce monstre de la littérature française.

  • scénar dessin


4 août 2007



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les avis des terriens

  • pour l'abolition de la peine de mort 18 octobre 2008

    L'auteur décrit les dernières semaines d'un homme condamné à mort. De ce prisonnier, peu de choses sont connues : ni son identité, ni les raisons de son séjour dans cette geôle. L'œuvre s'attache à dépeindre son quotidien, ses doutes, ses délires, ses angoisses, ses souffrances morales et physiques. Ceci n'est pas seulement une dénonciation des conditions de vie carcérale, mais un véritable plaidoyer pour l'abolition de la peine de mort. Cette BD est fidèle à l'œuvre de Victor Hugo.

    severine

  • Magnifique 3 février 2008

    Si on laisse de coté le contenu forcément édifiant (peut être pas l'endroit pour ça), il reste un dessin qui laisse transparaitre toute la misérable existence de ce condamné, ces derniers jours avant trépas. Cette BD est une chandelle qui s'allume à la première page puis s'éteint d'un soufle à la dernière (si si c'est joli). Et sutout, tous ces personnages qui s'enchainent autour du malheureux, un peu comme nous lecteurs, qui regardons l'inexorable avec leur geste quotidiens, gentillesse polie, méchanceté (pas nous). Et toute la cruauté ressort bien du fait qu'il n'y ait bien que nous, lecteurs, pour exprimer une once de compatissance dans cette histoire. Bref, achetez là, ça vaut 9 euros, c'est rien pour l'oeuvre que c'est. Ah j'allais oublier : la mort dans chaque case qui suit le condamné comme une ombre, ça m'a fait penser au Death note ! Allez savoir...

    Joël

  • Quand il est mort...le poète 4 septembre 2007

    Une très bonne manière de rendre hommage à un grand poète humaniste qui fut presque la légende d'un siècle...

    Didier


prix 9.80-5% = 9.31

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Le dernier Jour d'un condamné, de Victor Hugo, bd chez Delcourt de Gros, Galopin ©Delcourt édition 2007

01 mai 2007

Delcourt

Ex-libris

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9782756005331

ado / adulte

Chronique sociale, Politique

Le dernier Jour d'un condamné, de Victor Hugo série terminée en France
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