parution 01 mai 2007  éditeur Delcourt  collection Ex-libris
 Public ado / adulte  Thème Politique, Chronique sociale

Le dernier Jour d'un condamné, de Victor Hugo

Dans son cachot, un condamné à mort attend dans l’angoisse l’application de sa peine. Une adaptation BD du formidable plaidoyer contre la peine de mort de Victor Hugo. Indispensable.


Le dernier Jour d'un condamné, de Victor Hugo, bd chez Delcourt de Gros, Galopin
  • Notre note : Yellow Star Yellow Star Yellow Star Grey Star
  • Scénario : Yellow Star Yellow Star Yellow Star Yellow Star
  • dessin : Yellow Star Yellow Star Grey Star Grey Star
©Delcourt édition 2007

L'histoire :

« Condamné à mort ! Voilà cinq semaines que j’habite avec cette pensée… Toujours seul avec elle… Toujours glacé par sa présence… » Dans son cachot ténébreux de la prison du Bicêtre, « il » attend qu’on lui inflige sa peine. Il ne s’attarde que peu sur les raisons qui l’ont conduit à cette condamnation ultime : seule compte l’échéance qui le sépare de son obsédant dénouement. Tantôt on lui envoie un prêtre, qui déverse comme une rengaine son flot ordinaire de prêches. Tantôt, c’est le directeur, qui lui demande, blasé et souriant, ce qui lui ferait plaisir. Qu’importe ce qui lui ferait plaisir : dans quelques heures, il ne sera plus. Griffonnés aux murs de sa cellule de 12 pieds de large, les graffitis des précédents locataires : que des célébrités dont les actes glacent le sang. Il est donc désormais leur pair. Assurément, contrairement à ce qu’il clamait au moment du verdict, il eut sans doute préféré le bagne à Cayenne, à perpétuité. On lui donne l’occasion de regarder à travers les barreaux, la « cérémonie » d’enchaînement du prochain convoi pour les galères, dans la cour. Les forçats promus le repèrent et scandent sa sentence. Le condamné à mort ! Le condamné à mort ! Jusqu’à l’écoeurement. Il en fait un malaise. Il se réveille à l’infirmerie…

Ce qu'on en pense sur la planète BD :

Ce texte de Victor Hugo, relativement court (comparé à bien d’autres de sa plume…) fut écrit relativement tôt dans sa carrière (1929). Ce texte préfigure nombre de discours ultérieurs, lorsque l’écrivain orienta sa carrière vers un tournant plus politique (1843). Ce magnifique et imparable plaidoyer contre la peine de mort ne perd en rien de sa puissance ni de sa pertinence avec le nouveau millénaire. Hugo était précurseur en la matière, comme nombre d’intellectuels de cette époque, plus d’un siècle et demi avant son abolition officielle en France, sous l’égide de Robert Badinter (1982 !!). Le malaise de se savoir condamné est hélas intemporel ; et les victimes de cette aberrante sentence juridique tombent encore aujourd’hui dans de nombreux pays. Plutôt que de « raconter » en détails l’itinéraire criminel ou même l’identité de ce condamné instruit en passe d’être guillotiné, Hugo/Gros se concentrent sur sa situation ultime. Pour souligner l’obsession – jusqu’à l’obscénité – de cette condamnation aberrante, l’ombre de la faucheuse surmontée d’un crâne cynique accompagne notre condamné dans la grande majorité des cases. Une pesanteur radicale en résulte. Peu importe pourquoi notre protagoniste est condamné : seules comptent ses angoisses dans les heures qui précèdent son exécution, durant ce moment à la fois trop long et trop court. L’auteur de cette adaptation BD en one-shot, Stanislas Gros, a été repéré par Jean-David Morvan, auteur-directeur de la collection Ex-Libris, sur Internet (stanislasgros.com). Son style graphique, noir et tourmenté, adopte à merveille le propos. Bien que nécessairement en huis clôt, le récit est extrêmement riche dans le fond et (évidemment) somptueusement formulé dans la forme. Idoine, le style graphique colle au ton de l’œuvre originale, trop peu distinguée au sein de la bibliographie de ce monstre de la littérature française.

voir la fiche officielle ISBN 9782756005331