parution 16 octobre 2013  éditeur Delcourt  collection Histoire & Histoires
 Public ado / adulte  Thème Historique

Le pape terrible T3

La pernicieuse vertu

Jules II étend son règne en utilisant la force armée, la ruse, le sexe et l’art. A force de vouloir choquer, Jodorowsky irrite : un Pape terrible vraiment pas terrible !


Le pape terrible T3 : La pernicieuse vertu (0), bd chez Delcourt de Jodorowsky, Caneshi, Bossard
  • Notre note Yellow Star Grey Star Grey Star Grey Star

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  • Scénario Grey Star Grey Star Grey Star Grey Star

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  • dessin Yellow Star Yellow Star Yellow Star Grey Star

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©Delcourt édition 2013

L'histoire :

Machiavel revient de la guerre contre Venise, victorieux mais également fourbu et épuisé. Le stratège de guerre du Pape Jules II a bien mérité de se divertir et il se rend donc dans le grand bordel de Madame Imperia. Cette maison de joie a la particularité de proposer des hôtesses énormes et imposantes. Machiavel s’en donne alors à cœur joie. Entre deux pratiques sexuelles, il raconte à ses filles obèses toutes les aventures qu’il a traversées depuis qu’il accompagne le nouveau Pape terrible. Il commence par raconter les différents qui opposaient le Pape et Alphonse d’Este. A l'époque, Jules II détient en effet l’époux de la sœur d’Alphonse. Ce dernier lui propose alors de payer une forte rançon pour obtenir la libération de son beau-frère. Jules II accepte les milliers de ducats envoyés par Alphonse d’Este, mais il a une ruse en tête. Il impose à Alphonse de lui confier son fils en échange de la libération de l’homme qu’il détient. En effet, le jeune Frédéric n’a que dix ans et provoque les appétits sexuels du Pape. Frédéric est d’abord inquiet à l’idée de devoir rester prisonnier, mais Jules le rassure : il pourra obtenir tout ce qu’il veut car le Pape est prêt à réaliser ses moindres désirs. Ainsi, le jeune innocent participe à la vie quotidienne du Pape. Mais ce dernier ne parvient pas à l’attirer dans sa couche. Machiavel voit d’un mauvais œil cette nouvelle extravagance, mais le Pape est persuadé qu’il pourra en faire une de ses futures conquêtes…

Ce qu'on en pense sur la planète BD :

La suite de la série « sulfureuse » d'Alejandro Jodorowsky ne fait pas dans la dentelle. Dès le début, le célèbre scénariste tente de choquer son lectorat en nous présentant un Machiavel lubrique et totalement dépravé. Ainsi, la truculence de la narration se base sur des scènes d’orgie aussi intenses qu’insupportables : Machiavel, entre deux énormes cuisses, raconte la terrible histoire de Jules II. Ce choix osé est à l’image du reste : un assemblage aussi vulgaire et indécent que le sont les prostituées que s’enfile le philosophe Machiavel. Rien ne nous est épargné, du sordide au malsain, du trash au mauvais goût. Le Pape est un suppôt de Satan, ne pensant qu’au sexe et à supprimer ses opposants. On alterne à l’envie scènes de sexe (entre hommes la plupart du temps) et scènes de combats ou de meurtres. Si toute la dynastie des Borgia a une réputation des plus sombres, on pourra difficilement accepter cette caricature énorme du Pape Jules II. L’horrible personnage trahit son entourage avec un machiavélisme incroyable et se réserve quand même deux, trois moments de sauteries bien senties (de préférence par derrière…). Même l’art est dévoyé et pernicieux. Jules enchaîne les amants prestigieux comme Michel Ange et Raphaël : les deux plus grands artistes italiens s’affrontent dans une jalousie grotesque… tout ça pour un cul papal ! On comprend bien la démarche de Jodorowsky de noircir le tableau et de choquer les gens d’église, et plus largement les gens de pouvoir. Ainsi, certaines scènes sont proprement blasphématoires, puisque des cardinaux et autres puissants lèvent leurs robes pour se faire allègrement sodomiser. Cependant, à trop être systématique, l'effet devient profondément vulgaire (aïe !) à la longue. C’est d’ailleurs très irritant de transformer la réalité historique de façon aussi extrême. Certains personnages sont écornés, sans raison valable. Le récit n’est plus qu’une sordide histoire de meurtres et de sexe. Les quelques trouvailles de cet album sont aussi grotesques (et notamment la nouvelle invention de Léonard de Vinci commandée par Jules II). On ne peut sortir que sidéré par autant de ficelles grossières. Heureusement, le trait à la fois fin et viril de Théo contraste avec la médiocrité du scénario. Pour prolonger le plaisir (non sexuel cette fois !) de l’opus, Théo ajoute un très beau carnet de croquis en annexes. Pour le reste, on pourra difficilement adhérer à une histoire qui devient de plus en plus facile et vulgaire.

voir la fiche officielle ISBN 9782756024462