Le Temps du rêve T2 : Fromelles (0), bd chez Delcourt de Antoni, Ormière, Blancher ©Delcourt édition 2013

Le Temps du rêve T2

Fromelles

Les soldats aborigènes se rendent cette fois en France sur le front de la Somme, où les combats font rage. Un (énième) récit de la Première Guerre prenant et marquant sur le plan graphique.

L'histoire : Le corps d’armée Anzac, dirigé par le général de brigade Patin, quitte le front turc après avoir mené une lutte acharnée pour prendre le contrôle du détroit du Bosphore. Ce corps d’armée est constitué de soldats aborigènes, arrachés à leur pays par l’Empire Britannique. Les souffrances des indigènes australiens n’est pourtant pas fini. La section atypique se rend désormais en France pour mener le combat contre les Allemands sur le front. Ils débarquent à Marseille et sont accueillis comme des sauveurs par le colonel Tinley, responsable de la base anglaise dans le sud de la France. La population française acclame les combattants et pourtant, les Aborigènes sont très vite parqués dans un camp pour éviter tout grabuge ou débordement. L’indigène mystique Thomas Freeman et son ami le lieutenant Upfield décident de quitter le camp pendant la nuit pour faire la fête en ville. Pendant ce temps, l’héroïque lieutenant-colonel Stucker raconte ses exploits et parle des enjeux de la guerre à des gradés qui n’ont jamais participé à un combat. Le lendemain, les troupes sont envoyées au nord à Amiens, dans une petite localité du nom de Fromelles. La tranchée humide et boueuse est surnommée la « maternelle » car on y envoie régulièrement les novices : les combats y sont faibles et peu nombreux. Pourtant, cette fois, le général Joffre a d’autres projets sur le front nord…

Ce qu'on en pense sur la planète BD :  Voici la suite de cette histoire qui aborde la Première Guerre Mondiale sous un angle inédit, puisque les soldats sont cette fois des indigènes d’Australie, envoyés au casse-pipe par l’Empire Britannique (au même titre que les tirailleurs sénégalais pour la France). Changement de décor dans ce deuxième tome : les Aborigènes entrent au cœur du conflit sur le front français. Le récit aborde donc des thèmes bien connus de tous : les tranchées, le no man’s land, les assauts inutiles, le grignotage de quelques millimètres de terrain, les morts par milliers, l’absurde stratégie des officiers… Pourtant, l’histoire est prenante : Stéphane Antoni se concentre essentiellement sur la psychologie de ses personnages, avec des dialogues profonds. Le départ à Marseille, le calme avant la tempête, sont l’occasion de voir l’humanité de chacun des protagonistes importants de la série : Stucker et sa soif de survie à tout prix, Thomas et sa recherche mystique, Upfield et sa peur de mourir. En s’attachant davantage aux personnages, l’arrivée sur le front de la Somme rend l’instant encore plus dramatique. Même si le sujet est vu et revu en BD, le graphisme d’Olivier Ormière offre une vision terrible de la guerre des tranchées. Le dessin joue sur le contraste : à une première partie idyllique, avec les paysages ensoleillés et rieurs de Marseille, s’alterne une deuxième partie où l’on voit la terre dévastée et triste d’Amiens. C’est un véritable enfer (la sonorité du titre rappelle d’ailleurs un autre album culte du 9ème art : From hell…) et les couleurs sont proprement fascinantes. Dans une atmosphère crépusculaire, on assiste à un spectacle terrifiant. Les nuages sont d’un noir de suie et semblent ouvrir à l’apocalypse, tandis que la terre est une sorte de cercueil immense et noirâtre. Les combats et la violence s’y déchaînent et le tout fait froid dans le dos. Pris au piège, la troupe de Stucker va vivre un véritable calvaire. Le moment est d’autant plus tragique que Thomas est de plus en plus proche de l’illumination et de sa quête du Temps du rêve. C’est par son sang et le sang des autres qu’il atteindra ce fameux état de plénitude et de paix, contraste saisissant avec la boucherie qui règne tout autour de lui. Cet aspect mystique pourra détonner quelque peu, quand on voit Thomas se battre avec des peintures de guerre et demi nu ! De plus, Antoni fait un clin d’œil à l’histoire des plus osés puisque Thomas rencontre un personnage célèbre en plein combat. Malgré ces quelques éléments largement romancés, la peinture de la Première Guerre Mondiale est saisissante de réalisme et d’humanité. A lire pour ne pas oublier ce temps du cauchemar.

  • scénar dessin


4 mars 2013



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Le Temps du rêve T2 : Fromelles (0), bd chez Delcourt de Antoni, Ormière, Blancher ©Delcourt édition 2013

20 février 2013

Delcourt

Histoire & Histoires

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9782756027197

ado / adulte

Guerre, Historique

scénariste
 

dessinateur
 

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