Lunes birmanes, bd chez Delcourt de Ansel, Garcia ©Delcourt édition 2012

Lunes birmanes

Rarement une BD aura été aussi loin dans le témoignage de l’oppression et de la souffrance d’un peuple. Une dénonciation forte et poignante mais parfois insoutenable… à l’image de la situation en Birmanie.

L'histoire : En pleine jungle birmane, la tribu des Zomis vit dans un village reculé. Dirigés par le sorcier sage Zopu, les habitants coulent des jours paisibles depuis la première guerre mondiale et l’effort birman pour aider les français à lutter contre les allemands. Thazama est un jeune Zomi intrépide qui aime la chasse et les jeux. Il suit toujours son ami Moonpi et il est secrètement amoureux de la belle Kim. Pourtant, un jour, l’harmonie du village va voler en éclats. Des militaires rentrent dans le pays de Zo et réquisitionnent de force toutes vivres et rations du village. Ils reviennent régulièrement et emmènent ensuite des hommes pour les aider aux travaux. Le professeur de l’école se révolte contre ces mesures, mais il est sauvagement battu puis arrêté. La Birmanie vit dans la terreur et l’oppression du régime militaire de Ne Win. Tout opposant est éliminé ou arrêté. Beaucoup sont torturés et recherchés par la police spéciale. Le régime dictatorial est soutenu par les forces occidentales pour des contrats juteux. Thazama sait que son destin est de se battre pour la liberté. Avec son ami Moonpi, il passe le rite initiatique de l’âge adulte et se fait tatouer un tigre, symbole d’indépendance et de résistance. Thazama et Moonpi partent pour la grande ville Manadalay afin de travailler et de ramener de l’argent pour le village, qui souffre du pillage militaire. Thazama est loin de se douter de l’enfer qui l’attend…

Ce qu'on en pense sur la planète BD :  Aujourd’hui, la Birmanie est surtout connue pour son prix Nobel de la paix, Ang San Suu Kyi, figure emblématique de la résistance pacifique des Birmans contre la junte militaire. Alors qu’elle devient députée en avril 2012 (après des années d’emprisonnement et de lutte), la bande dessinée Lunes birmanes paraît en France. En suivant l’histoire fictive de Thazama, Sophie Ansel retrace avec minutie toutes les étapes vécues par les Birmans : de l’oppression militaire de leur pays à l’exil, de l’emprisonnement à la clandestinité. Aucun détail n’est épargné, sur plus de 200 pages et le lecteur assiste, horrifié, à un véritable enfer. Thazama doit tout subir, même le plus innommable : tortures violentes, humiliations, travaux forcés, évasions, séparations… Le plus tragique reste cette lutte quasi désespérée pour la liberté. N’ayant pas d’autre choix, Thazama doit fuir son pays et ceux qu’il aime. Cependant, quand il arrive enfin à sortir des griffes de l’armée birmane, les ennuis se multiplient. Vendu comme esclave dans un bateau, exploité ensuite dans des chantiers de construction pour être à nouveau vendu à des trafiquants qui réclament une rançon pour le libérer, Thazama doit se montrer héroïque pour faire face à la noirceur de l’homme. Traité comme une bête dans son propre pays, étranger clandestin hors-la-loi en Malaisie, Thazama aura connu bon nombre de prisons et de mauvais traitements. Le destin se montre d’autant plus tragique qu’à chaque fois que le héros parvient à échapper à un joug, il retombe entre les mains d’hommes cruels et sanguinaires. Ce long ouvrage est une véritable dénonciation de la dictature birmane, des crimes contre l’humanité et autres sévices infligés aux minorités du pays et de l’attitude révoltante des pays frontaliers qui traitent les exilés d’une façon inqualifiable et profitent de la situation pour gagner de l’argent. La scénariste ne cache rien et l’« expérience » douloureuse de Thazama est un vibrant appel à la communauté internationale pour ces oubliés d’Asie. Les détails horribles des tortures, perversions, viols et autres abus sont très durs à supporter, tant la vérité nous est dévoilée dans toute son horreur. Cette violence a au moins le mérite de réveiller les consciences. Le dessin faussement naïf de Sam Garcia imite le style pictural des tribus primitives qui sont persécutées par les militaires et accompagne bien le style poétique et quasi mystique du texte de Sophie Ansel. Les couleurs pastel sont vives et chaleureuses, mais le trait sait aussi se faire dur et insoutenable dans les moments de violence extrême. Un ouvrage vibrant et indispensable sur la situation d’un pays oublié (un carnet de photos accompagne l’album) et sur l’homme dans ses extrêmes : celui qui est capable de commettre les pires horreurs, comme celui qui est capable de tout pour retrouver sa dignité et sa liberté ; celui qui tue et torture, comme celui qui fait preuve de courage et de solidarité.

  • scénar dessin


13 juillet 2012



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Lunes birmanes, bd chez Delcourt de Ansel, Garcia ©Delcourt édition 2012

23 mai 2012

Delcourt

Mirages

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9782756020990

ado / adulte

Politique

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coloriste
 

Lunes birmanes série terminée en France
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