parution 21 septembre 2016  éditeur Glénat  collection Grafica
 Public ado / adulte  Thème Thriller

Jeu d'Ombres T1

Gazi !

Un brillant étudiant d'origine turque monte une mouvance politique au sein de son quartier sensible. Ses flirts ou son frère en prison auront-ils raison de ses idéaux ? Première partie d'un thriller social très convaincant.


 Jeu d'Ombres T1 : Gazi ! (0), bd chez Glénat de Dédola, Merwan
  • Notre note Yellow Star Yellow Star Yellow Star Grey Star

    CHEF D'ŒUVRE   Green Star Green Star Green Star Green Star

    TRÈS BON   Green Star Green Star Green Star Dark Star

    BON   Green Star Green Star Dark Star Dark Star

    BOF. MOYEN   Green Star Dark Star Dark Star Dark Star

    BIDE   Dark Star Dark Star Dark Star Dark Star

  • Scénario Yellow Star Yellow Star Yellow Star Yellow Star

    CHEF D'ŒUVRE   Green Star Green Star Green Star Green Star

    TRÈS BON   Green Star Green Star Green Star Dark Star

    BON   Green Star Green Star Dark Star Dark Star

    BOF. MOYEN   Green Star Dark Star Dark Star Dark Star

    BIDE   Dark Star Dark Star Dark Star Dark Star

  • dessin Yellow Star Yellow Star Yellow Star Grey Star

    CHEF D'ŒUVRE   Green Star Green Star Green Star Green Star

    TRÈS BON   Green Star Green Star Green Star Dark Star

    BON   Green Star Green Star Dark Star Dark Star

    BOF. MOYEN   Green Star Dark Star Dark Star Dark Star

    BIDE   Dark Star Dark Star Dark Star Dark Star

©Glénat édition 2016

L'histoire :

De nos jours, dans une barre HLM d'une banlieue chaude de Lyon, Viviane, française, et Cengiz, d'origine turque, viennent de recevoir leurs résultats d'examen en Droit : Cengiz est reçu, Viviane recalée. Ils partent tout de même fêter cela ensemble en boîte de nuit. Cengiz est brillant et sérieux, malgré le lourd passif judiciaire de son frère Sayar, emprisonné en Turquie pour trafic de cocaïne. Cengiz en pince pour Viviane, mais la réciproque n'est pas gagnée d'avance. Sur le chemin du retour de leur soirée, ils manquent de renverser Amine, un gamin du quartier qui est traqué par la BAC pour trafic de stups. Amine est légèrement blessé au pied et en totale panique. Ils le planquent dans le coffre de leur voiture pour le faire passer le barrage de police. Le contrôle de routine qui s'ensuit frise la catastrophe... mais la réputation de sérieux de Cengiz les sauve. Cengiz relâche Amine devant son entrée et rentre se coucher chez lui. Mais à peine est-il endormi, que son téléphone sonne : on le prévient que les jeunes du quartier sont en train de tout brûler, persuadés qu'un des leurs a été buté par la BAC. Cengiz se relève donc et part leur expliquer qu'Amine est bel et bien vivant, que c'est même lui qui l'a ramené chez lui. Malgré ses arguments, les jeunes sont remontés et veulent générer le chaos. Cengiz est forcé de s'impliquer pour retrouver la came planquée par Amine pour les convaincre. Le quartier se calme illico. Au final, aux yeux de tous, et notamment du préfet et des pouvoirs publics, il est le médiateur qui a su calmer la situation. Dans les jours qui suivent, madame le maire va chercher à le rencontrer. Mais Cengiz a d'autres préoccupations : en Turquie, son frère a écopé d'une peine de 15 ans. Il veut partir là-bas organiser son pourvois en cassation...

Ce qu'on en pense sur la planète BD :

Souvent auteur complet, Merwan commence à être bien connu dans le petit monde du 9ème art, en raison d'un style graphique original et propre, ainsi que de choix variés et pointus pour tous ses sujets. Une fois encore, il livre une partition graphique très convaincante, un style réaliste complété d'une colorisation au lavis de teintes ternes, parfaitement adapté au ton. La reconnaissance ne caractérise cependant pas encore l'auteur avec lequel il s'associe pour ce diptyque en devenir, se reléguant au rang de simple dessinateur. Loulou Dédola est banlieusard de Lyon, leader-compositeur d'un groupe de zicmu (RCP), réalisateur de courts-métrages et – disons – artiste engagé. Ce touche-à-tout livre ici un scénario d'une belle maturité et d'une forte densité, dans un registre que nous qualifierons de « thriller social et politique de proximité », au sein d'un découpage serré, sur 56 planches. Le jeune franco-turc Cengiz y incarne un héros moderne et charismatique : il est brillant dans ses études, vertueux et sociable, militant de gauche et laïc, et n'a cependant jamais renié ses origines. Son modèle est Mustapha Kemal Atatürk. Il est à l'opposé du cliché : dans le quartier chaud où il a grandi, la voie toute-tracée est d'ordinaire celle du trafic de drogue et de la délinquance. Bref, il est un maillon rare, voire un atout politique, pour relier la société civique et les « sauvageons ». D'autant que dans ce premier tome, il démontre son plein volontarisme dans ce sens. Sur un laps de temps de quelques semaines, l'intrigue dévoile progressivement l'histoire de cet engagement. Sans jamais s'appesantir, les auteurs dépeignent à la fois les engrenages infernaux qui découlent sur la violence, les codes sociaux et le jargon spécifique des quartiers, le poids des origines religieuses et familiales sur la liberté individuelle, aux marges de manœuvres très restreintes... En somme, une étude de société juste et grave, magnifiée par un rythme narratif immersif et haletant. Bien malin celui qui devinera dans quelle direction va se conclure le diptyque. Dérive extrémiste ? Désillusions politiques ? Troubles sentimentaux ? Voie criminelle ? Reniement des beaux principes ? La crainte que le héros y perde son âme est-elle une vision pessimiste ? Jeu d'ombres joue pour le moment en BD quelques notes de la Haine au cinéma, LA référence sur ce sujet. Mais le propos va au-delà, étendant ses ramifications sur la géopolitique actuellement complexe du côté du Proche-Orient...

voir la fiche officielle ISBN 9782344003565