parution 12 novembre 2015  éditeur Les arènes  collection Demopolis
 Public adulte  Thème Politique, Anticipation

La Présidente

La Présidente où comment se dérouleraient les 100 premiers jours de la présidence de Marine le Pen. Un ouvrage militant, qui rate le coche en ignorant le média qu'il emploie et en extrapolant les détails.


La Présidente, bd chez Les arènes de Durpaire, Boudjellal
  • Notre note Yellow Star Grey Star Grey Star Grey Star

    CHEF D'ŒUVRE   Green Star Green Star Green Star Green Star

    TRÈS BON   Green Star Green Star Green Star Dark Star

    BON   Green Star Green Star Dark Star Dark Star

    BOF. MOYEN   Green Star Dark Star Dark Star Dark Star

    BIDE   Dark Star Dark Star Dark Star Dark Star

  • Scénario Yellow Star Grey Star Grey Star Grey Star

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    BIDE   Dark Star Dark Star Dark Star Dark Star

  • dessin Yellow Star Grey Star Grey Star Grey Star

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    BIDE   Dark Star Dark Star Dark Star Dark Star

©Les arènes édition 2015

L'histoire :

Nous sommes en mai 2017 et Marine le Pen vient d'être élue présidente de la République Française au suffrage universel. L'onde de choc se propage à travers le monde et, bien entendu, les quartiers de France et de Navarre. Comment vont se passer les 100 premiers jours de cette présidence ? Marine le Pen va s'efforcer de mettre en place SA politique, envers et contre tous. Mais par-delà l'Europe et l'opposition interne au sein même de la classe politique française, va-t-elle réussir à mettre en place son programme électoral ? Une question dont on n'est pas sûr de vouloir connaître la réponse...

Ce qu'on en pense sur la planète BD :

La Présidente, c'est un peu le titre BD du moment dans les médias. Ramassis de mensonges forcément bobo pour les uns ou œuvre éducative et militante pour les autres, il est délicat de former un avis impartial sur un album aussi ouvertement politisé. Pour ce qui est de la forme, graphiquement, La Présidente déçoit quelque peu. Le récit est illustré à l'aide de montages de photos, passés au détecteur de contours afin d'y donner un aspect BD. Un choix assez déroutant qui tranche avec le style habituellement plus dépouillé de Farid Boudjellal que l'on a déjà pu voir sur Mémé d'Arménie, Jambon-Beur ou Le Gône du Chaâba. Pourtant, si son style habituel serait paru plus caricatural, plus humoristique que celui volontairement froid et réaliste du résultat final, il aurait sans doute apporté une touche d'humanité et aidé à mieux ressentir les tourments des protagonistes. On suit en effet, sous forme de fil rouge, les pérégrinations d'une famille « diverse » constituée de Toinette, ancienne résistante lors de la seconde guerre mondiale, de Stéphane et de Tariq, ses deux petit-fils et de Fati, sa colocataire, d'origine sénégalaise et détentrice d'une carte de séjour en attente de renouvellement. Or, c'est là, sans doute, que La Présidente présente son plus gros point faible : on n'y croit pas, à cette histoire. La faute aux montages photos, déjà, qui présentent de nombreux problèmes ci-et-là (problèmes de proportions, de perspective mais aussi de cohérence avec des protagonistes changeant de garde-robe dans une même scène ; ou encore, pour l'anecdote, cette cigarette électronique dont l'extrémité émet de la vapeur...) et raidissent nécessairement l'ensemble – les personnages ayant souvent l'air de penser autre chose que ce qu'ils expriment – mais aussi et surtout avec ses dialogues d'une raideur encyclopédique. Même dans l'intimité, les héros parlent entre eux d'une façon encore plus improbable que dans une publicité pour des chocolats italiens. Les dialogues sont lourds, ultra-détaillés et montés au chausse-pied. C'est malheureux à dire, mais l'élévation culturelle débordant de certains passages (la lettre de Fati à Toinette) va passer par-dessus la tête de beaucoup et consolider l'idée que les opposants aux idées du FN sont nécessairement des intellectuels coupés de la base. Se concentrant sur cette famille forcément parisienne (on n'aborde jamais les effets d'une politique FN sur des politiques locales opposées, les mairies ou les régions), les auteurs ignorent l'impact de cette élection sur les minorités autres qu'étrangères (cibles évidentes mais loin d'être les seules) ou bien l'effet de cette arrivée au pouvoir sur les politiques traditionnellement impactées : pas un mot sur les communautés homosexuelles ou trans (si ce n'est de rapporter certains propos tenus par des membres du parti), rien sur la culture sortie des médias nationaux et rien non plus sur la sécurité intérieure (hormis la mention de violences policières, comme quoi les forces de police seraient constituées uniquement de fous-furieux attendant qu'on leur lâche la bride). Le trait est beaucoup trop fort. Et quand bien même on aborde des points très intéressants, comme les soucis de conversion des dettes des sociétés vers le franc, ou encore le renforcement de la cyber-surveillance et du fichage systématique(la partie la mieux réalisée et la plus effrayante de l'ouvrage), des détails comme la ridicule garden-party de l'Elysée ou les 4 pages sur la photo officielle de la présidente endommagent la crédibilité du propos général et viennent à l'encontre du postulat d'« uchronie aux antipodes de la caricature » mentionné dans l'introduction. Ne parlons même pas du retour improbable de DSK sur la scène politique ou de la mise en scène maladroite de l'auteur dans son propre ouvrage. Il aurait été plus intéressant de mettre un coup de projecteurs sur les fonctionnements historiques du parti, ses associations et les guerres intestines, plutôt que de mettre en exergue les frasques de Jean-Marie le Pen, mis ici en avant et associé à la victoire de sa fille alors qu'on le sait éloigné des affaires depuis déjà longtemps, voire honni. Quelque part, ce sont les « mesurettes d'annonce » du genre des cours de morale à l'école ou encore les reformulations soi-disant révolutionnaires de mécanismes déjà en place au niveau européen qui sont peut-être les meilleurs exemples de ce que pourrait apporter cette présidence. Là où nombre d’œuvres réussissent en passant par un savant mélange d'anticipation et de caricature, mais aussi et surtout par la mise en place d'une empathie avec les protagonistes, La Présidente échoue du seul fait de sa raideur graphique et narrative, se donnant de faux airs de fiction d'anticipation glaciale des années 80 (pensez à SOS Bonheur de Griffo et Van Hamme, mais en version maladroite). Quand à la conclusion de l'ouvrage, sous forme d'un coup d'état qui ne sera pas sans rappeler à certains le film Ne réveillez pas un flic qui dort de Delon, dans les années 80, il est plus comique qu'autre chose, même si l'idée (le noyautage du parti par ses extrêmes) est parfaitement envisageable. Au final, c'est un semi-échec. Car même si l'intention est louable, le manque d'attention aux détails et l'oubli de règles essentielles liées à la narration graphique viennent mettre à bas l'entreprise, ne laissant que quelques points intéressants qui auraient très bien pu être explicités au détour d'une prose documentée et plus appuyée. Une œuvre aux intentions aussi politisées aurait du faire l'objet de bien plus de soin dans sa forme et de référencement dans son fond. Telle quelle, elle n'amènera aucun partisan, d'un côté comme de l'autre, à reconsidérer ses positions.

voir la fiche officielle ISBN 9782352044628