parution 30 octobre 2013  éditeur Marabout  Public ado / adulte  Thème Historique, Chronique sociale, Politique

Les Pieds-noirs à la mer

Daniel fait un petit séjour à Marseille chez ses grands-parents et découvre le passé d’une famille traumatisée par la guerre d’Algérie. Un récit très réaliste et plein de finesse, contre le racisme et la haine.


Les Pieds-noirs à la mer, bd chez Marabout de Neidhardt
  • Notre note Yellow Star Yellow Star Yellow Star Grey Star

    CHEF D'ŒUVRE   Green Star Green Star Green Star Green Star

    TRÈS BON   Green Star Green Star Green Star Dark Star

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    BOF. MOYEN   Green Star Dark Star Dark Star Dark Star

    BIDE   Dark Star Dark Star Dark Star Dark Star

  • Scénario Yellow Star Yellow Star Yellow Star Grey Star

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  • dessin Yellow Star Yellow Star Grey Star Grey Star

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©Marabout édition 2013

L'histoire :

Daniel marche dans les rues de Marseille. Il arrive finalement devant une maison mais il est trop tard pour y rentrer. N’ayant pas d’autres choix, il décide de dormir dans la vieille 203 garée dans le jardin. Le lendemain, il rentre silencieusement par une des fenêtres de la maison. Deux personnes âgées regardent la télévision et pestent devant les informations. Daniel se montre enfin, car il est chez ses grands-parents. Il explique qu’il a fugué de chez ses parents à Besançon. En effet, ils se sont disputés durement car son père est devenu furieux quand il a appris qu’il n’avait pas eu son bac. Daniel ne voulait pas faire de bac scientifique car une seule chose l’intéresse : le dessin. Furieux de cet échec, son père est alors monté dans la chambre de son fils et a déchiré tous ses dessins. Fou de colère, Daniel est parti sans donner de nouvelles. La grand-mère Simone s’empresse de téléphoner pour rassurer ses parents. Daniel en profite pour se poser et découvrir un peu sa famille marseillaise : il va faire la connaissance de son cousin dealer, de sa cousine au chômage... Il va surtout apprendre le passé de ses grands-parents. Ce sont des Pieds-Noirs qui ont vécu l’horreur de la guerre d’Algérie et qui ont dû fuir leur propre pays. Ils en ont gardé des cicatrices indélébiles et un sentiment de rancune tenace vis-à-vis des arabes…

Ce qu'on en pense sur la planète BD :

Après avoir évoqué le Berlin après la chute du mur, Fred Neidhart s’intéresse cette fois aux Pieds Noirs qui se sont exilés en France. Dans un récit intimiste et très réaliste, il décrit les errements du jeune Daniel qui s’intéresse soudain au passé de sa famille. Un passé trouble, lié à la guerre d’Algérie. Dans un Marseille bouillant de vie, avec ses plages et ses hommes qui « fanfaronnent », on sentirait presque l’odeur de la lavande et le goût du pastis. Neidhardt n’a pas son pareil pour décrire les choses simples de la vie courante et son récit est, du coup, très crédible, quasi naturaliste : une photo de famille sur un mur, des articles de journaux, des dialogues simples, sont autant d’occasions de nous plonger dans la vie d’une famille comme tout le monde. Marcel Pagnol n’aurait pas pu faire mieux ! Ce réalisme extrême est une façon de peindre au mieux une mentalité et de comprendre l’état d’esprit d’un peuple qui a souffert. En effet, l’histoire bascule dans le milieu de l’album pour aborder une thématique plus profonde et plus grave. Au fur et à mesure, Daniel comprend que ses parents ont une haine maladive pour les étrangers et particulièrement pour les arabes. Sans manichéisme, Neidhardt s’attache à expliquer le mécanisme de la haine. Traumatisé par la guerre d’Algérie, le grand-père en garde des stigmates profonds. C’est également l’occasion de revenir sur une page sombre de l’Histoire française avec un peuple totalement sacrifié : les Pieds Noirs. Cependant, le racisme latent va trouver ses limites avec la nouvelle terrible de l’amour d’un membre de la famille pour une Kabyle ! Avec beaucoup de finesse, l’auteur développe cette idée en multipliant les scènes absurdes et grotesques. Tiraillés par leur haine de l’autre et l’amour de la famille, les grands-parents ne savent plus quoi penser. Le repas qui va s’ensuivre, où ils acceptent finalement de recevoir la fille arabe, est un chef d’œuvre d’humour grinçant et cynique. Le racisme est en face de ses contradictions et le tout constitue un réquisitoire subtil et intelligent contre la bêtise humaine. A l’image du récit, le dessin de Neidhardt est simple mais plein de vie. Représentant les personnages avec des têtes d’animaux et jouant sur des couleurs feutrées, le style est proche de Dimitri dans Goulag. Une œuvre atypique, donc, mais un bel hymne contre le racisme.

voir la fiche officielle ISBN 9782501081016