Paolo Pinocchio, bd chez Tanibis de Varela ©Tanibis édition 2012

Paolo Pinocchio

Un chenapan au nez long comme le bras est irrémédiablement condamné aux Enfers. L’infatigable bougre, fier jouisseur et menteur invétéré, tentera de s’échapper par tous les moyens. Un univers foisonnant diablement drôle et délicieusement cynique.

L'histoire : Paolo Pinocchio est condamné aux Enfers. Au nombre de ses forfaits : mensonges, trahisons, triche… Le chenapan organise même des orgies dans les couvents. Évidemment, il faudra en payer le prix. Chacune de ses actions le plonge dans les entrailles du diable. Paolo, fourbe et rusé, va donc devoir redoubler d’ingéniosité pour s’extirper d’un destin voué à l’appétit du démon. Sans foi ni loi, invétéré dépravé, prêt à vendre ses propres enfants, Paolo n’est pourtant pas guidé par la seule cupidité, l’égoïsme ou son goût pour la luxure. Son moteur, c’est sa soif de liberté et il n’existe apparemment aucun dieu qui puisse le comprendre. Ainsi notre héros fut-il envoyé au bûcher de l’éternelle souffrance en compagnie d’autres jouets au destin tragique. Armé de son hypocrisie et habité par une quête libertaire sans limite, le dévoyé Paolo va vivre des aventures rocambolesques, aidant au passage Casanova. Cependant, gare à Paolo, il fait rarement les choses à moitié et La Belle au bois dormant en sait quelque chose… Bienvenue à Pandémonium, capitale des enfers où corruption, vice et chaos s’accordent au futur…

Ce qu'on en pense sur la planète BD :  Canaille, menteur, tricheur, jouisseur, vicieux, traitre, misanthrope, âme damnée, Paolo Pinocchio est un peu tout cela à la fois. Alors diable ou démon ? Ce serait évidemment réducteur. Le Pinocchio de Varela est avant tout un révolté, un insoumis qui débusque les compromis, toujours en guerre contre l’ordre établi et les convenances. Il assène donc un joli uppercut à la bienséance bourgeoise et promène son petit cynisme libertaire aux quatre coins des Enfers. Prisonnier d’une morale oppressante, il se dé-chaîne littéralement tout au long de ces bouillonnantes aventures chaudronesques. Et si le salaire de Paolo, c’était son cynisme ? Oui, mais au service d'un idéal alors, la liberté totale, et d'une manière infiniment drolatique, parfois trash et souvent subtile. Très loin du Pinocchio originel d’ailleurs, voilà un Paolo corrompu car révolté, un éternel rebelle paradoxalement attachant et fascinant, en raison même d'une insoumission tenace. Armé d’un humour potache insolent (les deux premières planches sont à hurler de rire), Lucas Varela multiplie aussi les références littéraires ou graphiques, par-delà le bien et le mal : Dante, Casanova, contes des frères Grimm, Lovecraft, tirant son récit vers la parodie fantasque et la satire sociale. Le lecteur pourra même y voir une métaphore de la récente histoire politique de l'Argentine, mise en images ici par une jouissive et très belle esthétique écarlate du souterrain. Porté par un rythme effréné, le trait de l’Argentin est lui aussi bluffant de maîtrise. La très belle ligne claire de Varela, jouant le clin d’œil aux toiles de Bosch, nous introduit à un monde souvent surréaliste où bêtes fantastiques côtoient scènes de péchés et symbolisme inquiétant, parfait décor d’un héros qui aime se vautrer dans la débauche et les bacchanales pour mieux s’affranchir. Mais pour Varela, rappelons-le, il s'agit moins ici de dézinguer gratuitement une morale conformiste que de retrouver le sens d'une liberté pleine et entière, un absolu. Quoi de mieux, donc, que de se jeter dans les limbes, antichambre du paradis, pour retrouver un peu de hauteur? Voilà au final une version endiablée et contemporaine de Pinocchio, qui ne dépareille pas à côté de celle de Winshluss, Varela allant directement des Enfers au Paradis sans jamais passer par le purgatoire. Un coup de maître terriblement drôle.

  • scénar dessin


7 juillet 2012



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les avis des terriens

  • Croix de bois, croix de fer, si je mens je vais en enfer 27 octobre 2013

    Fini le temps du gentil pinochio, ici, c'est un pantin qui ne pense qu'à lui et commet les pires horreurs: vandalisme, mensonge, luxure. I arrive a s'attirer de gros problèmes, et finira chacune de ses aventures en enfer. Le pitch est simple, mais au fil des pages, on s'attache à cet odieux personnage et à ses combines sordides. Le personnage reste drôle et sort du rôle du gentil ordinaire. Les situations sont de plus en plus loufoques, et nous entrainent discrètement sur un fond plus critique de la société Argentine. En refermant ce livre, on en arrive donc à regretter qu'il n'y ai "que" 100 pages pour exalter la noirceur du monde.

    Christophe


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Paolo Pinocchio, bd chez Tanibis de Varela ©Tanibis édition 2012

15 juin 2012

Tanibis

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9782848410210

enfant / ado / adulte

Conte - Féerie, Fantastique - Etrange, Mondes décalés

scénariste
dessinateur
coloriste
 

Paolo Pinocchio série terminée en France
1 album paru, 1 prévu