parution 17 août 2016  éditeur Delcourt  collection Outsider
 Public ado / adulte  Thème Chronique sociale, Independant

La Manufacture des belles enveloppes

Le patron d’une petite fabrique d’enveloppes perd le sens de la tragique réalité : son entreprise et sa vie sont en faillite. Un récit indé qui met bien en corrélation les mutations industrielles et le stress économique, malgré son hermétisme.


La Manufacture des belles enveloppes, comics chez Delcourt de Oliveros
  • Notre note Blue Star Grey Star Grey Star Grey Star

    CHEF D'ŒUVRE   Green Star Green Star Green Star Green Star

    TRÈS BON   Green Star Green Star Green Star Dark Star

    BON   Green Star Green Star Dark Star Dark Star

    BOF. MOYEN   Green Star Dark Star Dark Star Dark Star

    BIDE   Dark Star Dark Star Dark Star Dark Star

  • Scénario Blue Star Grey Star Grey Star Grey Star

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    BON   Green Star Green Star Dark Star Dark Star

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    BIDE   Dark Star Dark Star Dark Star Dark Star

  • dessin Blue Star Grey Star Grey Star Grey Star

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    BIDE   Dark Star Dark Star Dark Star Dark Star

©Delcourt édition 2016

L'histoire :

Dans les années 50 nord-américaines, Jack Cluthers est à la tête d’une toute petite entreprise de fabrique d’enveloppes, dont l’atelier est situé en haut d’un building d’une grosse ville. Il a deux salariés : un petit homme bedonnant à fine moustache, Hershel ; et une vieille comptable-secrétaire à grosses lunettes, Patsy. L’entreprise va mal, très mal. Elle n’a enregistré que 14 commandes ce mois-ci (sa plus faible quantité de commandes de tous les temps). Les créanciers et la banque les harcèlent au téléphone depuis des mois pour être payés. Comble du comble, les machines-outils obsolètes se cassent souvent et réclameraient d’être renouvelées. Cluthers continue cependant à croire que sa manufacture connait une mauvaise passe et qu’elle va s’en sortir. Il fait du déni à propos de la concurrence industrielle, il n’a pas anticipé la modernité. Il ne peut concevoir qu’il a passé des années à fabriquer un produit qui n’intéresse plus personne. Il stresse, s’auto-persuade qu’une solution est possible et ne voit pas non plus que sa femme Mildred ne le supporte plus, s’éloigne et menace de le quitter. Et Patsy argumente toute la journée au téléphone pour retarder les échéances. Et Hershel court à travers la ville pour racheter une nouvelle courroie à crédit pour réparer une machine. Et l’angoisse fait perdre tout sens de la réalité à Cluthers…

Ce qu'on en pense sur la planète BD :

La faillite industrielle par manque d’anticipation est une histoire tragiquement récurrente à toutes époques et pour tous secteurs économiques. L’invention de l’imprimerie a tué le savoir-faire des moines-copistes ; l’informatique et les imprimantes personnelles ont ravagé le secteur des artisans imprimeurs ; la dématérialisation des contenus mute aujourd’hui toute l’économie de la presse et du papier. Pour contexte de sa chronique sociale, le canadien Chris Oliveros choisit pour époque ce qui ressemble aux années 50 (mais ce pourrait être aussi les années 40 ou les sixties…) et pour secteur économique celui de la fabrique d’enveloppes. À travers son récit indé en noir et blanc, inscrit dans un découpage en gaufrier, aux traits de crayons naïfs et schématiques, souvent « peu lisibles » dans les postures et l’expressivité des personnages, il ne montre jamais exactement en quoi consiste le métier. La concurrence et les créanciers ne sont jamais mis en scène, eux non plus. Seuls existent vraiment ici 4 personnages : le patron, sa femme et ses deux salariés. Etant donnée la rythmique séquentielle quelque peu hermétique, parfois onirique, tout repose sur les dialogues. Ces derniers focalisent surtout sur l’effet produit par le stress sur le petit patron, qui perd pied. Tantôt Cluthers s’auto-persuade que tout est surmontable, tantôt il a des hallucinations, tantôt il dénie la farouche réalité, tantôt il laisse son électro-encéphalogramme totalement à plat, à la manière d’une soupape. L’idée du suicide par défenestration – la méthode classique en cas de faillite depuis le krach de 1929 – habite en permanence la narration. A cette histoire, il n’y a pas plus de fin qu’il n’y a de début. Oliveros cherche juste à retranscrire la photographie d’un intense stress professionnel, à communiquer la détresse ultime d’un petit patron face à un contexte sur lequel il n’a plus aucune prise. Sur ce point, le one-shot est réussi… sur tous les autres, c’est tout de même particulièrement ardu à lire !

voir la fiche officielle ISBN 9782756081694