parution 15 mars 2017  éditeur Glénat  collection Glénat Seinen
 Public ado / adulte  Thème Science - fiction, Policier Seinen

The ghost in the shell T1

Corpo-nation du Japon, 2029. Aux ordres de la major cyborg Kusanagi, la section 9 de la sécurité publique agit de manière radicale contre les terroristes et criminels en tout genre. Une réédition qualitative d’une œuvre culte.


 The ghost in the shell T1, manga chez Glénat de Shirow
  • Notre note Red Star Red Star Red Star Grey Star

    CHEF D'ŒUVRE   Green Star Green Star Green Star Green Star

    TRÈS BON   Green Star Green Star Green Star Dark Star

    BON   Green Star Green Star Dark Star Dark Star

    BOF. MOYEN   Green Star Dark Star Dark Star Dark Star

    BIDE   Dark Star Dark Star Dark Star Dark Star

  • Scénario Red Star Red Star Red Star Grey Star

    CHEF D'ŒUVRE   Green Star Green Star Green Star Green Star

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    BON   Green Star Green Star Dark Star Dark Star

    BOF. MOYEN   Green Star Dark Star Dark Star Dark Star

    BIDE   Dark Star Dark Star Dark Star Dark Star

  • dessin Red Star Red Star Red Star Grey Star

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    BON   Green Star Green Star Dark Star Dark Star

    BOF. MOYEN   Green Star Dark Star Dark Star Dark Star

    BIDE   Dark Star Dark Star Dark Star Dark Star

©Glénat édition 2017

L'histoire :

2029. Le Japon est devenu une corpo-nation qui recouvre l’Asie toute entière. Dans un immeuble d’une mégalopole, un membre du gouvernement, soupçonné d’avoir aidé à l’attentat qui a coûté la vie à l’ancien premier ministre, effectue des tractations secrètes et illicites avec un diplomate d’un autre pays. La sécurité publique espionne la réunion et se prépare à intervenir pour arrêter tout le monde en flagrant délit. En secret, une femme-cyborg, Motoko Kusanagi, écoute également, soutenue par sa propre équipe. Lorsque la police intervient, le diplomate se sert de son immunité pour s’en sortir, et joue sur les lois et les procédures pour empêcher également l’arrestation du membre du gouvernement japonais. Tandis que la police reste impuissante, soudain la femme intervient : invisible grâce à son camouflage optique, elle crible le diplomate de balles avant de disparaître... Le lendemain, Kusanagi se rend dans le bureau du ministre de la sécurité intérieure et produit un ordre d’assassinat signé par l’ancien premier ministre... Un mois plus tard, le conseil national accepte la demande de création d’une unité spéciale d’élite anticriminelle, la section 9, dirigée par Kusanagi, chargée d’intervenir pour résoudre en secret et de manière efficace, voire radicale, les situations les plus complexes pour lesquelles les autres sections d’intervention des forces armées du gouvernement sont impuissantes. Seulement, dès la première mission, Kusanagi et son équipe se retrouvent au milieu des luttes de pouvoir des gens pour qui ils travaillent...

Ce qu'on en pense sur la planète BD :

A l’occasion de la sortie du long métrage en prises de vue réelle avec Scarlett Johansson dans le rôle-titre du major Kusanagi, les éditions Glénat ressortent The ghost in the shell (affublé désormais d’un « The », donc) dans une édition « perfect ». Celle-ci reprend la version internationale et non la japonaise d’origine, aussi les amateurs qui possèdent déjà l’ancienne version seront déçus d’apprendre qu’ils n’y trouveront pas les pages hot qui étaient déjà absentes à l’époque. Par contre, la traduction est cette fois tirée de l’originale japonaise et non de la version américaine, mais il n’est pas forcément dit qu’on y gagne grand-chose car, à force de vouloir être trop fidèle ou trop précis, certains textes semblent au final un peu moins facilement compréhensibles qu’auparavant, dans un contexte déjà particulièrement complexe à appréhender. D’après l’éditeur, cette édition a été supervisée par l’auteur lui-même et est telle qu’il l’a voulue ; on restera perplexe devant le choix de ce dernier de laisser la préface et la postface en japonais pour ensuite les traduire dans une page dédiée en fin de volume au lieu de le faire directement sur la jaquette de l’ouvrage. En dehors de cela, on notera au rayon des nouveautés le sens de lecture japonais, ainsi que les onomatopées originales. Pour ceux qui n’auraient jamais eu l’occasion de lire le manga et qui y viendraient par le film live ou l’une des versions animées, il pourrait être utile de préciser qu’il est relativement différent du mythique long métrage d’animation qui en a été tiré et de tout ce qui a suivi. On y suit la création puis l’évolution d’une brigade spéciale anticriminelle, la section 9, dépendant directement du premier ministre, et qui ne fait pas dans la dentelle lors de ses interventions secrètes et très directes contre le crime. Ce groupe hétéroclite de professionnels est dirigé sur le terrain par Motoko Kusanagi, une femme dont le corps est entièrement cybernétisé ; seul son cerveau reste d’origine. Un jour, l’une de leurs enquêtes leur fait rencontrer ce qui semble être une intelligence artificielle autogénérée et qui réclame d’être reconnue en tant que de forme de vie, mais pas seulement : l’entité souhaite également obtenir le pouvoir d’évoluer sur le modèle des êtres vivants, et pour cela souhaiterait fusionner son esprit avec celui de Kusanagi... Chaque chapitre est plus ou moins indépendant, et on voit la section traiter des affaires en tout genre. On est plongé dès les premières pages directement dans le cœur de l’action, et les scénarios se montrent parfois assez complexes, tant dans les intrigues qui touchent souvent à la géopolitique ou aux jeux de pouvoir au sein des gouvernements ou des relations internationales, qu’aux concepts informatiques les plus poussés. A vrai dire, le lecteur sans une bonne base SF, cyberpunk ou technologique d’une manière générale, aura carrément du mal à suivre, surtout que Masamune Shirow a rempli son œuvre d’un tas de commentaires souvent techniques (plus ou moins intéressants et plus ou moins utiles), ce qui n’aide vraiment pas à la lisibilité et à fluidifier la lecture (d’ailleurs, l’auteur lui-même recommande pour cette raison de ne pas les lire !). On perd assez souvent le fil des intrigues, d’autant plus que s’ajoute régulièrement une dimension métaphysique à l’affaire. Ce n’est pas aussi évident que dans les dérivés qui ont fortement développé cet aspect du récit, mais c’est en réalité cette dimension qui est le cœur du récit et qui donne son nom à l’œuvre : où s’arrête la machine et où commence l’esprit humain, son « âme », son « ghost » ? Que signifie « être en vie » ? Comment savoir si une intelligence artificielle qui se dit consciente l’est réellement ou si elle a été programmée pour cela ? Ce sont ces questionnements, alliés à un récit d’anticipation hyper réaliste, qui ont fait de Ghost in the shell un titre culte à l’époque de sa sortie, entre 1989 et 1991 au Japon, puis quelques années plus tard dans le reste du monde. Il y a également une bonne dose d’humour, entre les vannes de Kusanagi et les pitreries de Batou, son bras droit au sein de la section 9, ce qu’on n’imagine pas forcément de prime abord quand on entame la lecture et qu’on s’imprègne de l’univers sinon très sombre du récit. Pour le dessin, même si on sent que cela date des années 80/90 et que l’auteur n’a pas encore atteint son meilleur niveau, on apprécie la représentation de tout ce qui concerne les concepts : mouvements et plans avec des effets de déformation pour la vitesse par exemple, communications et prises de contrôle mentales des uns sur les autres, connexions au réseau directement sur le cerveau... Masamune Shirow rend tout cela de manière très bien pensée graphiquement parlant, et on comprend tout de suite de quoi il retourne sans besoin de plus d’explications (même si l’auteur ne peut souvent pas s’empêcher d’en rajouter entre les cases ou en bas de page !). Les planches sont la plupart du temps très travaillées et très fournies en détails, parfois même beaucoup trop, ce qui a tendance à en rendre certaines un peu difficiles à lire. Etonnement, au milieu de planches superbes, quelques autres semblent un peu bâclées, probablement à cause des contraintes de temps de production. Les pages couleurs sont régulières (souvent les 4 à 8 premières pages des chapitres) et un vrai régal pour les yeux, d’autant que là encore le mangaka ne sait pas faire dans la demi-mesure et ne se contente pas de simples aplats. Il y intègre même de-ci de-là quelques effets précurseurs à l’ordinateur (des couleurs irisées ou des textures d’eau notamment), une révolution en son temps ! Que ce soit donc les qualités du scénario ou celles du dessin, tout cela explique que Ghost in the shell soit devenue une œuvre culte, et cela justifie qu’elle trouve sa place dans toute bonne bibliothèque d’amateur de science-fiction. Néanmoins, l’intérêt principal de cette version « perfect » est surtout de rendre à nouveau disponible (et facile à trouver) l’intégrale de la série. A moins donc d’être un nouveau lecteur, difficile de voir - au-delà de la nouvelle traduction - l’intérêt de la racheter si on la possédait déjà, car il n’y a aucun vrai bonus ni rien d’inédit. Ce premier opus reprend les tomes 1 et 2 de la précédente édition, ce qui correspond à toute la première partie de l’histoire. La suite devrait donc logiquement compiler les deux volumes de la seconde partie Manmachine interface control preferences, ainsi que probablement les chapitres Human-error processor qui se déroulent entre les deux mais sans le concours de l’héroïne principale. Il est fort probable que les opus à venir ne seront pas non plus très différents de l’ancienne édition, et qu’eux non plus ne proposeront pas les scènes de sexe disponibles dans la version japonaise (et il y en a vraiment beaucoup dans la seconde partie !). A noter que la suite en question a été écrite bien plus tard, et qu’on y fait donc un bon spectaculaire en termes de dessin, entièrement réalisé avec un logiciel de 3D et colorisé à l’ordinateur. Si vous êtes un nouveau lecteur, arrivé ou pas au manga par l’un des films d’animation ou le film live, ou l’une des séries animées, The Ghost in the shell est donc à prendre avec des pincettes : un titre culte, certes, mais pas évident à lire et dont les dérivés se sont au final pas mal éloignés. Quant aux anciens, cette nouvelle édition n’apporte pas grand-chose mais reste de très bonne facture. A vous de voir !

voir la fiche officielle ISBN 9782723497039