parution 07 octobre 2016  éditeur Kana  collection Big Kana
 Public ado / adulte  Thème Chronique sociale, Fantastique - Etrange Seinen

Dead dead demon’s dededede destruction T1

Un vaisseau alien est apparu au-dessus de Tokyo mais ne bouge plus depuis qu’on l’a bombardé. Trois ans après, il flotte toujours là, immobile, mais on a oublié les morts et on se préoccupe surtout du quotidien. Des débuts qui peinent à intéresser.


 Dead dead demon’s dededede destruction  T1, manga chez Kana de Asano
  • Notre note Red Star Grey Star Grey Star Grey Star

    CHEF D'ŒUVRE   Green Star Green Star Green Star Green Star

    TRÈS BON   Green Star Green Star Green Star Dark Star

    BON   Green Star Green Star Dark Star Dark Star

    BOF. MOYEN   Green Star Dark Star Dark Star Dark Star

    BIDE   Dark Star Dark Star Dark Star Dark Star

  • Scénario Red Star Grey Star Grey Star Grey Star

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    BIDE   Dark Star Dark Star Dark Star Dark Star

  • dessin Red Star Red Star Red Star Grey Star

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    BIDE   Dark Star Dark Star Dark Star Dark Star

©Kana édition 2016

L'histoire :

Il y a trois ans un gigantesque vaisseau extra-terrestre apparut au-dessus de Tokyo, faisant s’écrouler des tas d’immeubles et causant ainsi des milliers de morts. Pour le stopper, l’armée américaine largua une bombe A et le vaisseau amiral reste depuis sans bouger, suspendu au-dessus de la capitale. Seuls quelques petits vaisseaux en sortent de temps en temps, mais ils se font rapidement (et sans résistance) détruire par l’armée, qui en profite d’ailleurs pour tester de nouvelles armes sur eux. Aujourd’hui, les retombées radioactives sont bien plus dangereuses que ce qu’on avait annoncé à l’époque, mais globalement la vie a repris son cours comme avant au Japon, les vaisseaux extraterrestres ne représentant plus une menace imminente aux yeux des gens et faisant désormais partie du paysage et du quotidien. Lycéennes, Kadode et Ôran sont déçues de voir que malgré cet événement incroyable, le monde et les gens sont redevenus aussi amorphes et ennuyeux qu’avant. L’ombre du vaisseau amiral plane toujours au-dessus de plusieurs quartiers de Tokyo, complétement privés de Soleil, mais la fin du monde annoncée n’a pas eu lieu et rien ne semble devoir évoluer. Kadode et Oran continuent leur routine, vont au lycée, sortent, vivent de premiers amours... mais surtout, ces deux fans de FPS semblent en déphasage avec le monde et n’attendent pas grand-chose de l’avenir. Ôran notamment, qui rêve de devenir dictatrice, ou chef tyrannique dans un bureau, voire d’anéantir l’humanité. Par ailleurs, la jeune fille entend des sons étranges et indéfinissables qui semblent provenir des aliens, les mêmes qu’entendit Kadode le jour du début de « l’invasion », lorsque son père quitta le domicile pour partir travailler malgré les événements et ne revint jamais...

Ce qu'on en pense sur la planète BD :

Malgré une introduction qui convainc immédiatement graphiquement, comme toujours avec Inio Asano, et dont le scénario intrigue, ce premier opus se révèle globalement peu passionnant et donc un peu décevant. Peut-être que l’auteur tire trop en longueur son introduction, mais on ne voit pas tellement où il veut en venir, et la thématique mise en avant par l’éditeur (« une allégorie décryptant la société japonaise post-Fukushima ») ne saute pas non plus aux yeux de manière évidente. Le premier chapitre commence par plusieurs pages entièrement colorisées où l’on découvre une parodie du manga Doraemon qu’est en train de lire l’une des deux héroïnes - un délire de l’auteur qu’on ne comprend pas vraiment - avant de proposer un retour à la réalité dans des planches ultra détaillées et ultra fournies, avec des décors très probablement travaillés à base de photos (et avec l’aide de pas moins de trois assistants), et de tramage très présent et très précis. Toujours dans ces premières pages, on a entre autre droit à deux magnifiques doubles-pages coup sur coup où Inio Masano montre une fois de plus sa maîtrise de la mise en scène graphique. Quant aux personnages, ils restent visuellement dans le style habituel de l’auteur mais avec un côté un peu plus cartoon qui fait un peu too much sur certains (et notamment les totalement ridicules grimaces baveuses d’Oran qui ne sont ni crédibles, ni à-propos, ni bien rendues). Sans vraiment choquer, ces insertions cartoonesques créent régulièrement un décalage trop grand avec le côté réaliste du reste des graphismes ainsi que des réflexions parfois très adultes, et nous tirent hors du récit. Certains propos évoquent en effet les mensonges et les ratés du gouvernement ainsi que les discussions stériles de soi-disant experts qui débattent du sujet à la télé de manière triviale comme s’il s’agissait finalement de quelque chose d’anodin (là, on peut entrevoir la critique de Fukushima et de la façon dont le gouvernement japonais a géré la situation), la vision assez sombre de l’avenir ainsi que le désintérêt qu’ont certains jeunes pour le monde qui les entoure, et la capacité qu’ont les humains à se comporter de manière irresponsable et à oublier très rapidement les menaces et leurs propres erreurs, au risque de les répéter. Malgré tout, entre la dénonciation d’évidences et d’autres dialogues qui nous laissent dubitatifs, on a l’impression que le mangaka est un peu maladroit dans la façon d’exposer ses idées dans ce premier volume. Les protagonistes ont quant à eux des caractères bien définis et beaucoup sont à la fois assez barrés et en même temps désabusés, ce qui colle assez bien à l’ambiance, même si là-encore c’est un peu trop à certains moments. Le déroulement du récit est aussi un peu alambiqué, en alternant flashback, présent et flashforward sans transition très claire (et surtout sans qu’on n’en comprenne l’intérêt concernant le saut dans le futur, si ce n’est enlever du suspense quant au devenir des héroïnes, ce qui est plutôt dommage). La toute fin amène par contre un retournement de situation assez gros et qui nous intrigue suffisamment pour que l’on ait envie de lire la suite. C’est donc globalement un volet d’introduction assez bancal, que le titre ridicule de la série n’aide d’ailleurs pas à prendre au sérieux. Certes, cela se veut original et décalé, et en cela le pari de l’auteur est réussi, par contre une fois qu’on a compris qu’il s’agit d’opposer l’incroyable de la situation de base avec le banal de la vie désespérément ordinaire des lycéennes, avec un fond critique sur la situation au Japon, on passe le reste du tome à attendre en vain qu’il se passe enfin quelque chose... On espère donc que le génie habituel du mangaka se révèlera de manière un peu plus flagrante dans les prochains chapitres car pour le moment, on n’est pas vraiment emballés.

voir la fiche officielle ISBN 9782505065494