L'histoire :
Hobtown, un village paisible peuplé de 2006 habitants, situé sur la côte de la Nouvelle Écosse. Fondé en 1749 par Lord Benedict Hobb, il avait pour mission de négocier avec les Indiens Micmacs mais ses derniers s'allièrent aux Français et l'obligèrent à utiliser la force. De sa victoire naquit la ville qui aujourd'hui encore, lui rend hommage, notamment par 6 statues. Si l'Office de tourisme vante son calme, il n'en est rien en réalité. En effet, de terribles évènements ont lieu depuis des dizaines d'années mais sont couverts par l'omerta entretenue par la population locale. Un groupe de collégiens a percé à jour une partie de ces mystères, mais le Club des détectives amateurs a souffert pour arriver à ses fins. Quelques mois passent et Pauline, une des ados, va être admise à Knotty Pines, l'école locale qui reproduit l'éducation stricte issue des valeurs transmises de génération en génération par la famille Hobb elle même. Une sorte de pensionnat, qui lui aussi, porte des secrets que Pauline et quelques amis, vont découvrir à leur détriment...
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Les mystères de Hobtown sont une série initialement parue en noir et blanc , dont les deux premiers volumes ont été publiés en France chez Pow Pow en 2020. Les auteurs, amis d'enfance, ont souhaité y donner une suite, que Delcourt publiera donc et cela a aussi été l'occasion de la coloriser en s'assurant des services de Jason Fischer-Khoui, un dessinateur indépendant, lui aussi own creator. Le premier volume marque l'identité de la série : sous des airs parfois naïfs, renforcés par le graphisme, ces enquêtes qui évoquent en apparence Le club des 5 s'avèrent en réalité flippantes. Bertin et Forbes vivent en Nouvelle Écosse et il est évident qu'il se sont inspirés des mœurs et histoires locales pour les tordre et donner naissance à un univers bien délirant, à tel point qu'on flirte parfois avec des passages que David Lynch n'aurait sans doute pas dépréciés. Ce second volume confirme en tous points ces caractéristiques. Après L'affaire des hommes disparus qui nous trimballait un peu partout dans ce bled paumé, cette fois-ci L'ermite maudit propose un huis-clos particulièrement angoissant, c'est peu de le dire. Ici, tout est affaire de clichés mais les auteurs savent en user sans en abuser, puisque le théâtre de l'action est un horrible pensionnant tenu par un couple de tarés. On ne vous en dira pas plus mais c'est complètement psycho, tout en étant classique au bon sens du terme. En résumé, c'est un hommage au polar, au pulp, au folklore local et au fantastique, avec une pointe de psychologie sociale, mais qui exclut toute prise de tête. Bref, un vrai comics indépendant, c'est à dire qui se démarque totalement du reste de la production de masse. Un album remarquable !